15/11/2012

Femmes méditerranéennes dans les films et la télévision : Kadija Leclère

« Les valeurs ne sont pas négociables »

Maroc

Femmes méditerranéennes dans les films et la télévision : Kadija Leclère

Avec Le Sac de Farine, Kadija Leclère propose un premier film forcément personnel, qui fait écho à sa propre histoire et à ses œuvres précédentes.

Kadija Leclère a débuté sa carrière comme comédienne, avant de se lancer avec succès dans la direction de casting. Depuis le début, elle est passionnée par la réalisation, et tiraillée par le besoin de raconter ses propres histoires. Elle investit ses propres deniers dans la production de son premier court métrage, Camille en 2002, puis réalise professionnellement deux autres courts, Sarah (2007) et La Pelote de Laine (2010). Le Sac de Farine est son premier long métrage.

 

A l’origine

"Ce film est en partie autobiographique, comme un peu tous les premiers films j’imagine. J’ai dû retourner au Maroc pendant deux ans et demi étant enfant, et cela m’a profondément marquée. Je crois que j’avais besoin de m’alléger de ce poids, mais d’une manière positive. Je voulais aussi parler de la famille, c’est un thème qui me tient à cœur. Je suis très attachée à la notion de famille, et je voulais réfléchir à la question des origines. Avant d’être culturelles ou je ne sais quoi, les origines, ce sont le père et la mère."

"J’avais déjà fait un court métrage qui s’appelait Sarah, l’histoire d’une femme qui rencontre sa mère pour la première et dernière fois. Sauf que là elle la rencontrait à l’âge adulte, à 30 ans, alors qu’ici Sarah est toute petite. Ces deux héroïnes sont intimement liées, comme deux projections du même personnage. On retrouve les mêmes thèmes : la mère, la maternité."

Un film de femmes multi-générationnel

"Je n’avais pas spécifiquement l’intention de faire un film de femmes, mais j’avais envie de raconter cette histoire, dans cet univers-là, dans ces petits villages marocains où les hommes ne font que passer, où hommes et femmes sont séparés. Certes on y met les filles dans des cases, mais on pourrait poser la question nous poser la question à nous, ne sommes-nous pas dans des cases ? C’est le questionnement qui est intéressant. Quand j’entends les filles là-bas qui me disent : « Oui, mais vous, vos enfants, ils sont tout le temps à la crèche, vous les voyez jamais ». Elles aussi s’interrogent sur nos choix : qui a raison ? Finalement c’est peut-être une question de choix."

"Sarah suit une trajectoire d’émancipation. Mais ce qui apparaît comme une émancipation pour elle ne le serait pas forcément pour une autre. Le personnage de Karima rêve de se marier, d’aller en Europe, mais comment peut-on se permettre de porter un jugement là-dessus ? Ici en Europe on le fait souvent, porter un jugement. Il faut savoir être à l’écoute, entendre les points de vue.  J’ai raison, Sarah a raison, Karima a raison. Mais pour chacune d’entre nous, on se fait notre propre raison. Sarah a été élevée en Belgique, c’est là que sont ses valeurs, comme celles de Karima sont ailleurs. Les valeurs par contre ne sont pas négociables, et ça, j’y crois très fort. Je crois vraiment qu’on peut négocier plein de choses, mais pas les valeurs de quelqu’un."

L’Histoire dans l’histoire

"Dans les années 80, la révolte de Aoubach a d’abord été menée parce que les étudiants devaient payer pour pouvoir passer le bac. Parallèlement, les gens n’en pouvaient plus, car le prix de la farine et des matières premières augmentait. Je voulais parler de ça aussi dans mon film, et par hasard, ces révoltes ont trouvé un écho dans l’actualité. On s’est retrouvé à tourner en plein printemps arabe. On était là-haut, dans les montagnes, on essayait de suivre ce qui se passait en Tunisie. On nous disait, « Il est train de se passer quelque chose de très grave », c’était le début. On a cru que j’avais profité du printemps arabe pour rajouter des scènes dans le film, alors que c’est l’inverse qui s’est passé, on a dû enlever des choses !"

 Aurore Engelen

 

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