26/06/2014

Sean Gullette, réalisateur de la co-production Maroc/États-Unis Traitors

« Certains jeunes ont le pouvoir de changer leur destin »

Maroc

Sean Gullette, réalisateur de la co-production Maroc/États-Unis Traitors

Alors que Traitors de Sean Gullette, coproduction Etats-Unis-Maroc, est sorti le 11 juin dans les salles marocaines, le journaliste marocain Mohammed Bakrim a rencontré le réalisateur pour Euromed Audiovisuel.

 

Traitors est votre premier long-métrage de fiction.Que pourriez-vous nous dire sur votre parcours professionnel et cinéphile ?

Mes débuts remontent au rôle principal et coscénariste de Pi de Darren Aronofsky (NDLR : thriller américain sorti en 1998. Sean y incarne un Max Cohen, un jeune mathématicien extrêmement doué). Ensuite, j’ai beaucoup travaillé comme acteur aux États-Unis, en Europe, au Moyen Orient ; je suis également scénariste aux États-Unis et en France. J’ai déménagé en 2005 à Tanger par amour pour Yto Barrada, artiste et fondatrice de la Cinémathèque de Tanger. Apres 5 ans à Tanger, j’ai trouvé le courage d’écrire un court-métrage avec des personnages marocains, dont Malika, protagoniste du long-métrage.

Quel est le déclic qui a été derrière le scénario de Traitors : Malika ou la ville de Tanger ?

Malika est mon genre de fille. Certains jeunes ont le pouvoir de changer leur destin et leur environnement. Ils agissent avec audace parce qu'ils sont convaincus que leurs intentions sont pures, et leur pouvoir peut être donc transcendant, intelligent et impitoyable. Il n'est pas étonnant que la musique, la politique révolutionnaire, et la vie sur les bords de la criminalité sont au cœur de l'expérience de la jeunesse : tous les trois peuvent élargir nos pouvoirs de manière quasi miraculeuse. Les adultes peuvent considérer ces jeunes avec des sourires condescendants.

Mais lorsque les jeunes comme Malika se confrontent à la logique établie du monde « adulte », plein de choses peuvent changer, comme l’apprendront les trafiquants de Traitors.

L’un des points forts du film est le cast féminin avec notamment Chaimae Ben Acha et le retour attendu de Sofia Issami…

J’ai vu le film maintes fois mais j’ai toujours des frissons quand je vois Chaimae et Soufia à l’écran. Elles sont tellement différentes et tellement justes !

Chaimae est une fille très droite, conservatrice. C’est comme ça que je l’ai perçue quand nous nous sommes rencontrés lors d’un casting à la Cinémathèque. Après l’avoir vue, j’ai annulé les castings suivants. Dans la vraie vie, Chaimae est très calme, conservatrice, et quand vous voyez son jeu vous sentez la gamme de talent qu’elle a. Elle a déclenché son instinct d’acteur pour comprendre ce qu'elle avait en commun avec Malika : l'intégrité personnelle, cette incapacité complète à faire des compromis ou des demi-mesures sur quoi que ce soit.

Soufia, je l’ai vue à Cannes, à la première projection de Sur la planche, film que j’adore de Laila Kilani. Tous les gens de Tanger qui étaient là marchaient sur l’air en sortant de la projection, et j’ai abordée Soufia à la fête qui a suivi la projection. J’ai appris énormément en travaillant avec elle. C’est une vraie artiste, elle ne s’exprime que dans ses propres mots, des gestes propres à elle, et comme ça, elle ne dit que la vérité.

 

Propos recueillis par Mohammed Bakrim

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