29/10/2014

Amr Waked, acteur égyptien et producteur de El Ott, d'Ibrahim El Batout

« Pour moi, il s'agit d'un film très philosophique »

Evènements et festivals, Égypte

Amr Waked, acteur égyptien et producteur de El Ott, d'Ibrahim El Batout

L'acteur égyptien Amr Waked, qui a joué récemment dans Lucy, le dernier film de Luc Besson, travaille pour la seconde fois avec Ibrahim El Batout sur El Ott, rapporte ScreenDaily.

Dans le film, présenté lundi soir en avant-première au festival du cinéma d'Abu Dhabi, Waked y joue le rôle d'un petit gangster local du Caire dont l'objectif est de défaire un réseau rival de kidnapping d'enfants et de trafic d'organes.

Selon l'acteur, le thème central de cette production, qui se concentre le trafic illégal d'organes et le meurtre, s'inspire à la fois de la mythologie égyptienne et des événements récents.

 

Quel est votre rôle dans le film ?

Je suis El Ott, dont la fille, et ça on l'apprend au cours du film, a été kidnappée et n'a jamais été retrouvée. C'est un gangster local qui règne sur son secteur, mais il a des principes, par exemple il n'est pas cupide. Le film débute sur son objectif qui est de démanteler un gang qui kidnappe des enfants pour prendre leurs organes, Il doit tuer ces gens-là, mais en même temps il a des remords à tuer parce qu'il ne veut pas devenir comme eux. C'est vraiment sa plus grande crainte tout au long du film. Son frère, lui, a basculé dans le mal en toute connaissance de cause et ne fait rien pour en sortir alors que El Ott en a peur, il y résiste. Il sait très bien qu'une fois qu'on entre dans ce cercle vicieux, on ne peut pas en sortir. Voici le parcours de ce personnage, El Ott.

Le rapt d'enfants pour leurs organes est-il un problème important en Égypte ?

Lorsque nous étions en train de tourner Winter of Discontent, j'ai lu un article à propos d'enfants de la rue retrouvés dans une poubelle sans yeux ni reins. C'est la première fois que j'ai entendu parler de ce problème et j'ai trouvé cela vraiment horrible. C'était la première fois que je me rendais compte d'un crime dans toute l'horreur que ça représente. Il y a environ trois millions d'enfants de la rue en Égypte, et le problème semble avoir augmenté depuis la révolution. C'est un problème social et je pense que les responsabilités en sont d'autant plus grandes. Les gens ont trop d'enfants et ne s'en occupent pas comme ils devraient et les laissent dans la rue. Un autre problème de taille, c'est que les pauvres vendent leurs reins comme s'il s'agissait d'un fait banal, afin de financer des mariages, l'éducation, ou bien de rembourser leurs dettes. Nous en avons parlé dans un documentaire tourné dans l'un des plus grands bidonvilles du Caire il y a quelques années

Il y a un aspect mystique tout au long du film, pouvez-vous nous en parler ?

Ibrahim avait cette doctrine concernant la sainteté du corps et la « gloire particulière liée au sang ». C'est une doctrine complexe mais ce que vous devez savoir, c'est que dans notre culture, il y a le concept de la sainteté spirituelle des organes. Nous les estimons divins. Le film fait aussi allusion au mythe d’Osiris assassiné par son frère, Set, qui a coupé son corps en 14 morceaux. Cet évènement est considéré comme l'avènement du mal dans la mythologie égyptienne. Pour moi, ce film est très philosophique et ne traite pas seulement d'action ou du scénario. 

On ressent vraiment cette spiritualité dans le film. Où et quand a-t-il été tourné ?

Nous l'avons tourné dans toute l’Égypte dans des lieux authentiques et sans engager de figurants. Nous nous sommes mêlés à la vraie foule, sans rien cacher du décor naturel, sans créer de décor et sans maquiller les acteurs. C'était vraiment difficile, surtout lorsqu'il s'agissait de gérer la foule, et cela nous a pris pas mal de temps, car le Caire compte beaucoup d'habitants. Nous avons aussi tourné à Alexandrie et au temple d'Osiris à Adydos. Nous avons commencé le tournage au début de l'été 2013, mais très vite, il y a eu les émeutes dans les rues et nous craignions pour notre équipe alors après le 30 juin, nous avons fait une interruption de deux mois et demie en attendant que la situation se calme.

Vous avez joué dans le film, mais vous l'avez aussi produit avec Zad Communication, l'agence de production que vous dirigez avec Salah Al-Hafany. Comment avez vous réussi à financer le film ?

C'est le premier film que nous avons coproduit avec la France. L'agence Knightworks à Paris a réalisé la post-production et nous a aidé en tant que co-producteur. Nous avons aussi reçu le soutien du fonds Final Cut de Venise et du fonds Sanad d'Abu Dhabi. Sans leur aide généreuse et opportune, je ne pense pas que ce film aurait percé.

 

Source : ScreenDaily

Traduction : Cyndie Leclerc Benedetti

 

El Ott -- teaser :

partagez cet article par email imprimer cette page