24/03/2012

Stimuler et le cinéma arabe. Entretien avec Khalil Benkiriane et Afef Ben Mahmoud

« Les artistes tunisiens ne se laisseront jamais faire »

Activités des Contracts de Subvention, Tunisie

Lors de la première session de formation du projet « ACCESS - Accès aux marchés à l'ère numérique » à Tunis, Euromed Audiovisuel a rencontré Afef Ben Mahmoud, actrice et réalisatrice tunisienne, et Khalil Benkiriane, réalisateur marocain et directeur du fonds pour le cinéma de l'Institut du Cinéma de Doha (DFI). Ils ont parlé de la révolution, du talent hérité et des moyens de stimuler le cinéma arabe, notamment grâce à des Prix locaux pour les monteurs et les directeurs de la photographie, et pas uniquement pour les réalisateurs et les acteurs.

Afef Ben Mahmoud : Je travaille sur le tournage du film d’Ibrahim el-Tayyef Affreux, Cupide et Stupide. J’ai le premier rôle féminin.
Khalil Benkiriane : Je suis à Tunis dans le cadre d’Euromed Audiovisuel, où je suis venu donner un petit coup de main et participer en relisant les projets, en parlant un peu de notre fonds et de comment [les participants] peuvent en bénéficier.

Comment vois-tu l’avenir du film en Tunisie, maintenant qu'il y a un changement ?
Afef Ben Mahmoud: J’appréhende. Le film est très intéressant. C’est une comédie, mais avec beaucoup de critiques, bien évidemment. On ne sait pas l’avenir de la Tunisie, on ne peut pas savoir comment les choses vont évoluer, mais je pense que le film peut être très important, très intéressant, et on verra bien. On critique les salafistes, les islamistes, et on verra bien comment les gens vont réagir. J’aime bien prendre le risque !

Khalil, tu penses que ça va se passer, au Maroc, la révolution ?
Khalil Benkiriane : Au Maroc, ils appellent ça une « révolution douce », où les gens sortent et s’expriment et le gouvernement réagit. Je pense que c’est dans ce sens qu’on peut parler de révolution au Maroc. Est-ce qu’à travers ce dialogue il pourra y avoir quelque chose… Je n’en suis pas sûr. On a trop de surprises avec certains de nos dirigeants. On verra bien.

Est-ce que le film tunisien va avoir une place dans le cinéma international dans les années à venir, maintenant que c’est un peu plus libéré, qu’il y a moins de censure ?
Afef Ben Mahmoud : Je pense que le film tunisien a toujours eu sa place, je pense que la Tunisie est un tout petit pays, mais avec beaucoup de belles choses sur le plan artistique comme sur le plan politique, donc c’est vrai que c’est très délicat, mais ce n’est que le début. La révolution ne fait que commencer. On verra bien l’avenir, mais ce que je sais et ce que je peux dire c’est que les artistes tunisiens ne se laisseront jamais faire. On va continuer à se battre.

Khalil, en ta qualité d’expert, quelles sont les solutions qu’il faudrait appliquer pour qu’on avance un peu plus dans le cinéma arabe au niveau international ?
Khalil Benkiriane : Dans le cinéma arabe, je pense qu’il y a aujourd’hui comme il y avait hier assez de réalisateurs. Ce qu’il faut, c’est tout ce qui vient autour de l’industrie. C’est ce dont on a besoin le plus. Nous avons besoin d‘avocats qui sont familiers avec les entertainement laws, qui puissent nous aider à packager nos films pour qu’ils soient accessibles à des marchés internationaux au niveau de la coproduction, donc avoir en résultat plus de moyens pour pouvoir faire des films ; des écoles pour former des techniciens ; des monteurs ; peut-être commencer à primer certains aspects du cinéma qu’on ne fait pas dans nos festivals. Il ne faut pas seulement primer des réalisateurs et des acteurs, mais il faut aussi primer un monteur, un chef opérateur, un caméraman, le son… Tous ces aspects qui sont autour de l’image, dont l’image ne peut pas se passer, et pour encourager d’autres jeunes à faire des études, pas seulement de réalisation ou d’acteur, mais d’autre chose qui va permettre à une vraie industrie de se mettre en place et de perdurer.

Je sais que vous avez une fille. Est-ce que, pour vous, elle peut avoir une carrière dans le cinéma, dans l’audiovisuel ?
Khalil Benkiriane : Notre fille a deux ans et elle fait déjà du cinéma. Elle apprend à regarder et elle sait déjà quand il faut réagir, quand il faut faire une grimace alors que c’est l’opposé qu’elle devrait faire pour obtenir ce qu’elle veut. Je ne sais pas si ça vient de sa mère, pourtant elle n’a pas encore vu de films de sa maman. Je sais que Lilya sera présente dans plein d’événements, dès qu’elle pourra s’asseoir sur une chaise et communiquer. Elle sera présente dans les salles de cinéma et dans les événements similaires à celui-là. Est-ce qu’elle finira par être dans le domaine ? On verra bien. Tout ce qu’on peut faire c’est l’exposer, ensuite ce sera à elle de choisir et de décider.
Afef Ben Mahmoud : Je pense que c’est une petite comédienne née, parce qu’elle joue d’une manière incroyable à deux ans. Déjà même toute petite, elle a une qualité : elle observe et elle te fixe lorsqu’elle te parle. Elle te regarde bien droit dans les yeux. Elle a un regard qui parle. Je pense que, comme l’a bien dit Khalil, elle a déjà été dans pas mal de festivals déjà, et elle va choisir si elle veut continuer, si elle veut être artiste et faire ce métier, ou autre chose.

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