20/05/2012
Evènements et festivals, Palestine

Révélé avec Intervention divine, prix du jury à Cannes en 2002, le réalisateur palestinien Elia Suleiman, 51 ans, est cette année le parrain du pavillon Cinémas du monde. Le journal français 20 Minutes l’a rencontré sur la Croisette.
Vous êtes connu pour votre sens de l’engagement politique… Pensez-vous que le printemps arabe de 2011 puisse être une chance pour le cinéma et les réalisateurs des pays concernés ?
Je me demande surtout si le printemps arabe a déjà eu lieu. S’il va se poursuivre. S’il a seulement commencé. De tels événements ont fait trembler la terre et les fondations des pouvoirs en place, en faisant voler en éclat les miroirs reflétant toute leur décadence. L’espoir que cela suscite et toute cette colère manifestée, je comprends qu’on puisse vouloir en faire des films. Mais ces événements sont trop récents pour qu’on puisse déjà en tirer des leçons politiques ou économiques. Alors, sur le plan cinématographique…
Des cinéastes comme Yousri Nasrallah, en compétition, Nabil Ayouch, à Un Certain regard, ou Merzak Allouache, à la Quinzaine, font de l’actualité récente de leur pays respectifs la matière de leurs films. Qu’en pensez-vous ?
Je n’ai pas vu leurs films, mais par expérience, je sais qu’il vaut mieux prendre le temps de digérer les événements avant d’en parler. Une œuvre d’art ne se fait pas en dix jours et nul ne peut décréter de sa valeur en aussi peu de temps. Pour l’instant, ce qu’on peut raconter de ce printemps arabe s’apparente forcément à ce qu’on en a vu à la télévision, comment pourrait-il en être autrement ?
N’êtes-vous pas vous-même tenté de parler de l’actualité du conflit israélo-palestinien dans vos films ?
C’est ce que vous croyez, mais ce que je mets dans mes films est toujours inspiré de faits qui ont eu lieu au moins dix ans auparavant. Il faut de la distance pour réussir à styliser des faits.
Selon vous, qu’est-ce qui pourrait avoir changé dans dix ans ?
Je suis un peu sceptique, mais je rêve du jour où le cinéma se détachera complètement des identités nationales. Pour moi, le printemps arabe s’achèvera quand la question identitaire n’aura plus d’importance. Encore faudrait-il que ces événements induisent une réflexion culturelle. A titre personnel, je constate qu’on me considère de moins en moins comme un cinéaste palestinien et j’en suis très heureux. Le cinéma ne reconnaît pas de frontières et je ne vois pas pourquoi il faudrait l’arrêter aux check-points.