01/07/2012

Femmes méditerranéennes dans les films et la télévision: Isabelle Fauvel

Isabelle Fauvel

Femmes méditerranéennes dans les films et la télévision: Isabelle Fauvel

De quoi s’occupe Initiative Film ? D’où vient votre savoir-faire en matière de développement ?

Travailler sur la phase essentielle que constitue le développement des œuvres cinématographiques et des talents qui les portent est mon quotidien et celui de mon équipe depuis la création de mon entreprise Initiative Film, en 1993.

Quittant la production en 1992 avec la certitude que ce moment fondamental de la gestation des projets nécessitait un savoir faire propre, du temps, de l’intuition et un réseau, je me suis appliquée à réfléchir aux méthodes, aux accords juridiques spécifiques, aux financements, aux pratiques du développement en même temps que je constituais une sorte de répertoire de talents et un réservoir de sujets.

Aujourd’hui basée à Paris, qui reste une localisation unique compte tenu du nombre de films nationaux produits mais aussi des co-productions, il est possible de dresser un petit bilan de ces années de pratiques spécifiques.


Quelle a été votre implication dans le Programme Euromed Audiovisuel ?

Bon nombre de formations ont tenté ces dernières années de répondre aux besoins des professionnels en matière de développement et j’ai participé à bon nombre d’entre elles.

J’ai eu la chance de participer en tant head of studies au projet novateur et absolument inégalé qu’était Medea de 2002 à 2005.

Medea en effet permettait d’allier une réflexion sur l’artistique à une réflexion sur la faisabilité, avec cette particularité exceptionnelle d’offrir à chaque projet présenté par une équipe auteur/producteur une enveloppe budgétaire de développement. Il s’agissait donc d’un soutien logistique, artistique et financier dans le même projet sans parler de la mise en réseau exceptionnelle qui était offerte aux participants.

Dans une autre logique et dynamique, Aristote était sans doute le projet le plus léger et le plus « sur mesure ». S’adressant à des jeunes talents de la région euro-méditerranée, l’idée était de permettre à un groupe restreint de passer du court au long métrage soit dans la position du « seul » scénariste, soit dans la position de l’auteur réalisateur. Les questions méthodologiques et pratiques étaient évoquées tandis qu’un suivi rigoureux de l’écriture sans réalisateur et parfois sans producteur était prodigué.

Là encore au regard du nombre de projets qui ont vu le jour, mais surtout des scénaristes qui après le programme ont exercé leur métier, le programme a visiblement répondu à une demande, toujours d’actualité aujourd’hui.

L’autre expérience pratiquée dans le cadre d’Euromed Audiovisuel II de 2006 à 2008 était l’accompagnement d’équipes constituées (auteur/réalisateur/producteur) dans les marchés que sont Cannes, Berlin et San Sebastian avec le projet Crossing Borders. Le dispositif était simple et efficace à savoir préparer des professionnels porteurs de projets aux rencontres professionnelles qui pouvaient avoir lieu dans ce cadre de ces trois festivals majeurs.

Ces expériences et d’autres qui ont suivi témoignent de l’attention portée par Euromed Audiovisuel I, II et III au développement, ce qui de mon point de vue est évidemment formidable.

 

Initiative Film est une des seules sociétés spécialisée dans le développement de films en Europe. Est-ce que cette expérience peut être élargie aux pays du sud?

Bien sûr, en ce qui concerne Initiative Film nous ne travaillons pas avec le Nord, le Sud, l’Est ou l’Ouest, nous travaillons avec des réalisateurs, des scénaristes, des producteurs … d’où qu’ils viennent. Ensuite, nous nous adaptons aux spécificités. La seule chose qui peut changer radicalement d’une région à l’autre ne concerne pas les besoins des professionnels mais la possibilité d’avoir accès à l’argent du développement.

 

Quelle est le maillon faible du développement dans ces pays ?

En admettant qu’il y ait un maillon faible dans ces pays dit du Sud qui ne serait pas présent au Nord en dehors de l’accès à l’argent, ce pourrait être le rôle du producteur dans cette phase décisive.

Quand un producteur a du mal à financer un développement, à suivre une écriture, à trouver le cas échéant un co-auteur pour son réalisateur, qui la plupart du temps écrit seul, alors le développement et le film lui même est en danger.

Mais l’argent n’est pas la seule cause des difficiles rapports qui existent parfois entre réalisateur et producteur et cela n’est pas spécifique au Sud, souvent l’autorité du développement n’est pas incarnée.

Enfin en dernier lieu, ce qui peut manquer dans les pays du Sud mais qui manquait il n’y a pas si longtemps ailleurs aussi, c’est de pouvoir identifier qui peut écrire soit pour un réalisateur, soit avec un réalisateur, ce qui implique qu’il y ait des générations de scénaristes formés pour collaborer à l’écriture et non pour devenir systématiquement réalisateurs eux mêmes.

Il est possible aussi que dans le Sud le désir spécifique d’adapter une œuvre littéraire soit quelque peu frustré car cela a un coût dès le départ. Le coût de l’option. Nous avons pu remarquer que même si ce coût est minime, compte tenu qu’il s’ajoute parfois au coût d’un script, il enferme le processus de développement dans un calendrier exigeant (le temps des options). Et donc la possibilité est très vite écartée.

 

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