14/06/2012

Le réalisateur algérien Malek Bensmaïl ouvre les rencontres de Béjaïa avec La Chine est encore loin

« Nos pères ont fait un cinéma de révolution, nous sommes peut-être en train de révolutionner le cinéma »

Algérie

Le réalisateur algérien Malek Bensmaïl ouvre les rencontres de Béjaïa avec La Chine est encore loin

Le cinéaste était présent à Béjaïa pour la projection de son documentaire La Chine est encore loin, qui a fait l’ouverture des rencontres cinématographiques de Béjaïa. Dans cet entretien - publié sur le quotidien algérien Liberté - Bensmaïl revient sur les thématiques de ses films et le choix de son documentaire. Euromed Audiovisuel publie l'interview d'un réalisateur engagé.


Votre cinéma est quelque peu méconnu du public algérien. Ressentez-vous de la frustration du fait que vos films traitent justement de l’Algérie ?
La frustration est passée. Je dis souvent que mes films sont lourds et difficiles, mais je me dis aussi que c’est comme nos parents : ils ont beaucoup fait pour l’Algérie mais n’ont pas eu de retour finalement. Ils décèdent tous dans l’anonymat. Je crois qu’on continue dans cette même ligne. Je me suis demandé si j’étais dans cette ligne-là, d’autant que les institutions n’agissent pas pour faire bouger les choses. Mais les films ont une réalité physique, parce que les gouvernements viennent, reviennent et partent, les systèmes tournent, mais les films sont là. On les retrouvera ailleurs, ils seront archivés ailleurs, donc la mémoire algérienne, à partir du moment où on tourne, restera. Je tourne mes films. Si les gens veulent les montrer, c’est avec un grand plaisir. Si on m’appelle, je suis présent. Après, il y a beaucoup d’entraves, mais ce n’est pas grave. L’idée est de faire des films et de les enregistrer.

Pourquoi le choix du documentaire ?

Je trouve que le documentaire reflète la réalité. Et je pense qu’une société qui n’a pas de documentaires n’est pas une société qui puisse s’émanciper. On voit aujourd’hui avec toutes les révolutions arabes qu’il y a tout un renouveau de cinéastes qui sont en train de filmer, de poser des questions sur leur devenir, et c’est super. Cela prouve qu’on est en relation avec le réel, parce qu’il est question de la manière dont on se filme, et de la manière de poser les problématiques. Plus on fera des films sur nos espoirs, désespoirs, joies et même des films sur nos familles, plus on se reconnaîtra. L’idée est donc de se filmer. Si on ne se filme pas dans le réel, comment peut-on connaître notre problématique ? J’espère aussi que le documentaire aide les Algériens à mûrir. Le public de samedi est un public mature. Il aurait pu quitter la salle lors de la projection de mon film, mais les gens sont restés car ils se sont vus. Pour Aliénations, le public n’a pas bougé aussi, parce qu’il s’est reconnu dans les malades, il a compris leur souffrance mais aussi leur humour, car il y a de l’humour dans le film, et cela prouve que c’est un cinéma qui peut marcher. 

Vos œuvres reflètent les maux de la société. Pouvons-nous vous définir comme un réalisateur engagé ?

Je ne suis pas là pour provoquer, mais simplement ne pas me mentir. Je fais des films mais je ne mens pas. Je n’ai pas envie de mentir sur ma propre histoire. Qu’on nous mente, c’est autre chose, mais je ne dois pas me mentir à moi-même, par respect pour le spectateur. Je ne peux pas lui donner une image qui ne serait pas la sienne. Après, il y en a qui disent que je montre une Algérie qui n’est pas fameuse. En fait, je la montre, et cela prouve que je prends conscience de nos problèmes et que je l’accompagne pour trouver des solutions.  Il ne faut pas dire seulement que tout se passe bien en Algérie, bien sûr qu’on veut la défendre, mais je la défends justement en exposant une réalité qui est la nôtre. Les institutions concernées devraient dire on regarde en comité La Chine est encore loin, on le montre au ministère de l’éducation, etc., et on invite le réalisateur à en débattre. Il ne faut pas critiquer sans avoir vu. Il faut voir, débattre, discuter pour voir ce qui peut être amélioré. Et le cinéma doit jouer ce rôle-là.

Y a-t-il un renouveau du cinéma algérien ?
Je pense qu’il y a un nouveau cinéma qui est en train de naître. Il y a une nouvelle jeunesse, il y a des courts métrages qui se tournent. Nos pères ont fait un cinéma de révolution, nous peut-être nous sommes en train de révolutionner le cinéma.

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