03/07/2012

Sonia Chamki : l'Etat doit soutenir le cinéma

La réalisatrice tunisienne Sonia Chamki parle à Jet Set du futur du cinéma tunisien

Industrie, Tunisie

Sonia Chamki : l'Etat doit soutenir le cinéma

Dans un article publié le 11 juin 2012 dans jetsetmagazine.net/culture, Asma Drissi interviewe Sonia Chamkhi sur son parcours et sur l’avenir de la culture en Tunisie. L’occasion de revenir sur la réforme de la législation en matière de cinéma et d’audiovisuel et du nouveau souffle donné au Centre National du Cinéma et de l’Image (CNCI).

Sonia Chamkhi, c’est « une femme-orchestre » comme le dirait le critique Naceur Sardi : « enseignante universitaire par vocation pédagogique et pour assurer un revenu constant, car l’art ne nourrit pas son homme (ni sa femme) en Tunisie, journaliste par penchant de jeunesse, peintre à [ses] heures perdues, critique par excitation analytique, scénariste et écrivaine par excellence et réalisatrice de films par passion ».

Après avoir obtenu un diplôme national en art et communication puis suivi une formation en réalisation vidéo et écriture de scénario, Sonia Chamkhi fait ses premiers pas dans le cinéma avec Mounir Baâziz ainsi que sur les productions du regretté Ahmed Bahaeddine Attia. Son dernier documentaire, Militantes, rebondit sur la candidature de nombreuses femmes lors des élections qui ont suivi la Révolution, pour axer son propos sur les femmes militantes avec un grand « M » (militantes pour les Droits de l’Homme, contre la torture, pour la défense des libertés…). Selon Sonia Chamkhi, « les femmes cinéastes existent depuis les années 1970 et la génération des pionnières se prolonge par une autre nouvelle, faite de jeunes filles et femmes diplômées et passionnées », plus attachées à défendre des causes et des thématiques plus ouvertes que le seul droit des femmes.

À propos de l’avenir du cinéma tunisien, la réalisatrice mise beaucoup sur le rôle du Centre National du Cinéma et de l’Image (CNCI) qui « tarde encore à fixer ses financements, ses responsables et les garanties de son fonctionnement et de sa pérennité. Entre-temps, de nombreux projets notamment des longs métrages ont eu l’accord ministériel de l’aide à la production; toutefois une loi, aujourd’hui totalement inadaptée et irréaliste, exige un complément de financement qui bloque quasiment la faisabilité de ces films. »

Actuelle Présidente de l’association des réalisateurs de films, Sonia Chamkhi enjoint le CNCI à se saisir d’ « une nouvelle plateforme économique et législative apte à redynamiser la production, à réimplanter le parc des salles de cinéma et à rendre l’investissement dans l’industrie du cinéma attractif pour les capitaux nationaux et étrangers. », c'est-à-dire de remettre à niveau la chaine cinématographique entière : production, distribution et exploitation. Elle insiste enfin pour que l’enseignement du cinéma ainsi que la formation des techniciens, la liberté d’expression et le respect du droit des auteurs soient les conditions sine qua none du renouveau de la  pratique cinématographique en Tunisie.

L’Etat joue donc un rôle majeur dans le cinéma tunisien, secteur culturel autant qu’économique, car, selon la réalisatrice, « la culture est un projet d’abord politique et social, avant qu’il ne soit le reflet des préoccupations des créateurs eux-mêmes. Cela est d’autant plus vrai pour le cinéma tunisien, […] en l’absence d’un marché qui pourrait le faire prendre en charge par l’investissement privé […] Ce n’est qu’avec ce premier investissement de la part de l’Etat que nous pouvons espérer rassurer suffisamment les investisseurs pour prendre le relais sur l’investissement public. »

Enseignante dans le domaine des arts, Sonia Chamkhi est plutôt optimiste quant à l’avenir de la culture en Tunisie et du statut des artistes en devenir. Consciente de la précarité de leur situation, elle n’en oublie pas néanmoins que « les nouvelles technologies donnent de nouvelles perspectives et que notre société est traversée par de nouveaux mouvements qui inventent de nouveaux espaces de création et de circulation des œuvres. » Selon elle, la créativité et l’épanouissement de ces nouveaux talents doivent être des priorités nationales.

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