29/01/2014

Films et débats au Festival du film européen et égyptien de Louxor

Des réalisateurs égyptiens et européens donnent un peu de vie à une ville sans tourisme

Evènements et festivals, Égypte

Films et débats au Festival du film européen et égyptien de Louxor

La seconde édition du Festival du film européen et égyptien de Louxor a pris fin samedi dernier  lors d’une petite cérémonie dans l'ombre du très ancien temple Karnak après avoir récompensé des films européens et égyptiens.

Dans la catégorie long-métrage, le réalisateur serbe Miloš Pušić a reçu le premier prix pour Withering alors que le réalisateur grec  Yorgos Tsemberopoulos a remporté le prix spécial du jury pour The Enemy Within. Le troisième prix a quant à lui été décerné au film Eka et Natia, Chronique d'une jeunesse géorgienne  réalisé par Nana Ekvtimishvili et Simon Groß. Dans la catégorie court-métrage, le premier prix a été décerné au réalisateur allemand Erik Schmitt pour son film Rhino Full Throttle tandis que la réalisatrice égyptienne Sara Rozik a remporté le prix du meilleur premier court-métrage avec The Left Shoe.

Ainsi, la remise de prix a clôturé une semaine de projections de films européens et égyptiens marquée par les premières nationales de Excuse My French, la comédie de Amr Salama dont l’action se déroule dans une école, et de Factory Girl, réalisé par Mohammed Khan qui nous raconte l’histoire exaltante d’une ouvrière qui tombe amoureuse. Alors que ces deux projections ont attiré beaucoup de monde, la foule était moins nombreuse pour la projection de Family Secrets, un film réservé aux adultes et réalisé par Hany Fawzy qui raconte l’histoire d’un garçon homosexuel d’un point de vue conservateur.

Excuse My French et Family Secrets sont sortis mercredi passé dans les salles égyptiennes alors que Factory Girl n’a pas encore fait son apparition sur les écrans.

Le Festival du film de Louxor était également un lieu de débat. Il a rassemblé la majorité des grands réalisateurs égyptiens qui ne font pas partie du cinéma grand public (Mohamed Khan, Nadine KhanAyten Amin, Maggie Morgan, Ahmed Rashwan, Hala Lotfy et le producteur Mohamed Hefzy) afin de savoir comment distribuer dans les cinémas locaux des films égyptiens ayant été récompensés. De plus, les discussions avec les réalisateurs européens qui ont eu lieu après les projections ont également apporté un point de vue intéressant pour les personnes présentes.

« Mes films précédents étaient en compétition avec les films américains, mais celui-ci a été un échec » a expliqué le réalisateur grec Yorgos Tsemberopoulos en parlant à un public restreint de The Enemy Within qui a remporté le prix spécial du jury et qui raconte l’histoire d’une famille sauvagement agressée par des voleurs. « Peut-être que mon film a eu trop d’impact. Peut-être qu’il vous donne envie de rentrer chez vous et de fermer les volets. Peut-être que vous préféreriez allez au cinéma et voir Gravity qui est sorti une semaine avant mon film. » 

« Les gens veulent se sentir bien » a-t-il dit. Ce sentiment est aujourd’hui très répandu en Égypte où les films sans intrigue qui présentent des voyous, des danseuses du ventre et beaucoup de musique (comme Ish el-Bulbul) ont tendance à vendre beaucoup plus d’entrées que les films indépendants.

« Les gens disent qu’au cours des dernières années, tous les films grecs parlaient de la crise » a-t-il ajouté rappelant les réalisateurs égyptiens qui se plaignent car on attend d’eux qu’ils représentent le printemps arabe. Mais Yorgos Tsemberopoulos a écrit le script de son film avant la débâcle économique.

Aujourd’hui, mis à part la disparition du financement via le placement de produits dans les films, la production de films indépendants en Grèce continue. « La vie continue » a-t-il dit lundi dernier, comme en Égypte : « Si nous écoutons les nouvelles [à propos de l’Égypte], nous pensons que des bombes explosent tout le temps. La télévision montre le mauvais côté des choses et crée des problèmes dans nos vies. »

Aucun endroit au monde ne reflète mieux cette affirmation que Louxor. Son principal secteur économique, le tourisme, a beaucoup souffert depuis la révolution de janvier 2011 et ses résidents attendent désespérément une stabilité politique qui permettrait aux touristes de revenir.

En conséquence, les trois cinémas de la ville étaient fermés au moment du festival. Selon le propriétaire d’un magasin voisin, le plus ancien cinéma de la ville n’a plus ouvert ses portes depuis une décennie. Le deuxième a été transformé en une salle pour célébrer des mariages car la majorité des habitants ne pouvait plus se permettre d’emmener leur famille au cinéma à cause de la diminution du tourisme. Le troisième cinéma, situé au dernier étage d’un petit centre commercial, montrait les posters des succès commerciaux 'Ish el-Bulbul et El-Qashaash projetés en octobre dernier à l’occasion de l’Aïd el-Adha mais le cinéma a fermé pendant tout l’hiver, jusqu’au mois de mai. « J’ai fait la même chose l’année passée » a expliqué le propriétaire à Euromed Audiovisuel.

Cependant, dans une ville où tous les cinémas sont fermés, peu d’habitants de Louxor ont assisté aux projections du festival. Les premières de Excuse My French et Factory Girl sont les seules exceptions car le gouverneur de la ville était présent et la seconde projection de Excuse My French a attiré beaucoup de monde, probablement grâce à un bouche à oreille positif.

Cela se doit peut-être au fait que la majorité des films européens étaient sous-titrés en anglais mais pas en arabe. Certains résidents ont également expliqué au Luxor Times qu’ils ne savaient pas du tout qu’un festival était en train de se dérouler, tandis qu’un chauffeur de taxi a dit qu’il ne voulait pas entrer dans le Luxor Cultural Palace pour voir un film égyptien de peur d’être traité de perturbateur et d’être expulsé. « C’est pour les journalistes et les gens instruits », a-t-il dit.

Certains résidents ont tout de même assisté au festival et en étaient enchantés. La semaine dernière, Marina, une petite fille âgée de 12 ans, est venue avec sa mère, une serveuse de l’un des hôtels hébergeant les invités du festival, pour voir Hany, également âgé de 12 ans, tenir tête au tyran de son école dans Excuse My French. Après le film, sa mère l’a rapidement ramenée chez elle car elle devait préparer son examen de physique du lendemain.

Alice Hackman

Photos: Dans une ville aux cinémas fermés, les médias sont présents pour la première égyptienne de Excuse My French.

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