11/02/2014

Le film Excuse My French d’Amr Salama en tête du box office égyptien

Le film à succès du réalisateur star des réseaux sociaux est une comédie légère qui traite des efforts d’un écolier pour s’intégrer

Industrie, Égypte

Le film Excuse My French d’Amr Salama en tête du box office égyptien

Après une avant-première internationale à Louxor le mois dernier, le film du réalisateur égyptien Amr Salama Excuse my French (La Moakhaza), comédie autour de la famille et de l’école, connaît un succès commercial dans les cinémas locaux. Distribué par El Massa dans 31 salles, il est arrivé en tête du box-office égyptien le 22 janvier, première semaine de sa sortie, selon elcinema.com, et il a maintenu sa place en deuxième semaine comme plus gros succès égyptien.

Produit par Film Clinic et co-produit par The Producers, Excuse My French suit Hany, un enfant de 12 ans, interprété par le novice Ahmed Dash, qui tente de s’intégrer dans sa nouvelle école publique après la mort brutale de son père, banquier, laissant sa mère en proie aux dettes et incapable de pouvoir couvrir les frais de son éducation privée.

Avec ses cheveux gominés et ses sandwiches au chocolat, Hany n’est pas seulement plus aisé socialement que ses nouveaux camarades fils de plombier et de coiffeurs, mais il est également le seul chrétien au milieu de musulmans.

Alors qu’on prend Hany pour un musulman, il décide d’en jouer et cherche à se faire accepter par ses camarades en obtenant les meilleurs résultats en sciences, en mémorisant le Coran, en marquant des buts au football et en chantant le dernier air de mahragan. Il y arrive presque jusqu’au jour où il est agressé par la « racaille » de la classe et que sa mère le traîne dans le bureau du principal. Et comme si ce n’était pas déjà assez embarrassant, tous ses camarades repèrent alors la croix autour de son cou et Hany est reconnu comme chrétien.

Scénarisé par le très populaire Ahmed Helmy et avec la bande son entraînante de Hany Adel (qui joue également le père de Hany), Excuse my French évoque la discrimination sociale, positive ou négative, mais avec un sens de l’humour, se concentrant sur la recherche d’un jeune garçon déterminé à trouver sa place et à s’intégrer, expérience très fortement basée sur la vie de Salama, qui est lui-même passé d’une école privée à une école publique à 12 ans, à la différence que Hany est chrétien alors que le Salama est musulman.

« Il n’y a pas de personnage qui ne soit basé sur une personne que j’ai rencontrée dans ma vie » dit-il. « J’ai fabriqué un avion, j’ai chanté devant les enfants...j’ai été agressé par la terreur de la classe, puis j’ai été évincé et rejeté parce que ma mère était venue voir le directeur…J’ai vécu tout ça ! ».  Tout comme le fait que les enfants ont effectivement agressé sexuellement sa prof de sciences Miss Theresa. Lors d’une conférence de presse du film, un journaliste de la salle a révélé qu’il est allé dans la même école et qu’il se souvenait d’elle.

« Excuse my French a fait beaucoup mieux que ce qu’on attendait » s'est réjoui le réalisateur, qui s’est battu pendant trois ans pour que son scénario soit accepté par le bureau de censure égyptien, qui redoutait qu’il puisse « nuire à l’image de l’éducation publique ».

En fait, malgré le moment critique où le film est sorti, deux jours après les attentats à la bombe du Caire, Excuse my French a fait beaucoup plus d’entrées la première semaine que son dernier film Asmaa pendant toute la durée de son exploitation en salles, dit-il. Asmaa, sorti en décembre 2011, juste avant les affrontements devant le Ministère au Caire qui ont fait 12 victimes, montrait le combat d’une femme au sein d'une société qui stigmatise le sida. Pas surprenant que peu d’égyptiens aient eu envie de voir ce drame. Salama, de son côté, n’a pas voulu faire la promotion de son film sur les réseaux sociaux malgré sa grande popularité, au moment où « des égyptiens étaient en train de mourir dans la rue ».

Excuse My French est également sorti à un moment critique d’agitation politique, dit-il, mais peut-être qu’une comédie est plus facile d’accès.

Avec sa communauté sur les réseaux sociaux- plus de 245.000 fans sur Facebook, 450.000 sur Twitter et 700.000 sur Google+, Salama, lors de l’écriture du film, avait déjà créé un buzz sur le net avant la sortie de son troisième long métrage, en postant des photos du tournage par exemple.

Début janvier, lors des dernières étapes du montage du film, la marionnette Abla Fahita n’apparaissait pas dans le final cut du film, mails il l’a tout de même fait participer, en postant des scènes coupées au montage sur Facebook : « les scènes ont été coupées pour des raisons purement artistiques » dit-il, juste quelques semaines après que la marionnette accusée de terrorisme ait fait la une internationale.

«J’essaie de faire participer le public » explique le réalisateur. Pendant l’écriture, il tweetait des extraits de scènes et demandait à ses « followers « de deviner ce qui allait se passer. Cette semaine, il a lancé un appel auprès de ses « followers » pour partager des souvenirs de classe sous forme de vidéos, puis il a fait un montage à partir de 10 propositions pour promouvoir son film.  

Deux semaines après la sortie en salles de Excuse my French et moins de trois semaines après en avoir terminé la post production pour l’avant première internationale, Salama travaille déjà sur son prochain film : une comédie intitulée Made in China que produira Ahmed Almy. Il cherche également des financements pour un roman graphique, première étape de son projet à long terme d’un film futuriste sur « une dystopie sur les dérives d’un état religieux », qu’il coproduira à l’étranger.

En attendant, Salama n’est pas prêt de diriger à nouveau des groupes d’enfants, dit-il en riant. « C’est épuisant ». Il n’y a qu’une seule fille dans sa prochaine comédie, et ce devrait être gérable.

 

Alice Hackman

Traduit de l’anglais par Emmanuelle Déprate

 

Excuse my French – teaser : 

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