03/05/2013

Le cinéma Rainbow fait honneur à son héritage

Le cinéma d'art et d'essai est l’une des pièces manquantes d’une industrie cinématographique en pleine expansion en Jordanie

Industrie, Jordanie

Le cinéma Rainbow fait honneur à son héritage

Niché dans un coin douillet d’une rue du même nom, le cinéma d'art et d'essai Rainbow offre aux spectateurs jordaniens une expérience qui n'est pas que paillettes et popcorn mais qui s’inscrit dans le prolongement pédagogique d’un héritage vieux de 50 ans.

“Ce cinéma a donné le nom à la rue, et non l’inverse”, précise Yazan Al Ghazzawi, directeur général du théâtre.

La riche histoire de cet endroit et le goût unique de Ghazzawi font de ce cinéma une expérience cinématographique typiquement jordanienne. Créé en 1952, le cinéma Rainbow est l'une des deux salles ouvertes par le cinéphile Mohamad Al Taher dans le but d’implanter des salles de cinémas en Jordanie. Cet endroit a connu beaucoup de phases dans son histoire, du meilleur cinéma à Amman au théâtre de comédie ayant accueilli les légendaires humoristes Nabil Sawalha et Hisham Yanis dans les années 90.

Ghazzawi reprit le cinéma idéalement situé, l'un des cinémas les mieux équipés du pays, en octobre 2010. Le succès du lieu réside aussi dans les chiffres, avec un public de plus en plus important et une utilisation de l'espace en constante évolution.

Ghazzawi a travaillé dans l'industrie cinématographique pendant un bon nombre d'années avec une expérience dans l'organisation d'évènements liés au cinéma et dans le cinéma indépendant. Au départ, il voulait lancer un festival international de cinéma en Jordanie et son idée a évolué dans le cinéma d'art et d'essai, mettant le festival de côté, pour le moment.

L'une de ses intentions aujourd’hui pour le cinéma Rainbow est d’apporter les pièces manquantes nécessaires au développement et l’épanouissement de l’industrie des arts et du cinéma jordanien.

En faisant la promotion des arts et de la culture de tous types, le cinéma Rainbow est un lieu populaire offrant une variété de représentations, comme des spectacles d'humoristes, de la magie, du théâtre et de la musique de la région jordanienne.

Le ciné-club permet d'apporter au cinéma des films de toutes sortes, y compris les derniers films sorti qui d’habitude ne passent pas dans les cinémas à Amman, mais aussi un peu de tout : du film culte et des classiques en passant par le cinéma indépendant jusqu'aux productions locales tournées dans la région.

“Le ciné-club représente notre volonté d’éduquer le public et de promouvoir une culture cinématographique indépendante, explique Ghazzawi. Si vous essayez de construire une industrie pour le public, en tant que spectateur, vous devez être exposés à ce type de culture parce que nous avons beaucoup de talent ici en Jordanie, et en tant qu'artiste, vous avez besoin d'avoir un lieu où vous pouvez vous produire régulièrement."

La chose la plus importante est de faire en sorte que le public soit capable de voir le côté artistique d’un film plutôt que son aspect divertissant, selon Ghazzawi, c’est la clé qui fera venir le public et permettra à cette initiative de gagner en importance.

Le cinéma Rainbow comble le fossé de l'industrie du film jordanien entre le travail fourni par la Commission du Film Royal, l'Institut de la mer Rouge des Arts Cinématographiques (RSICA) et l'École de l'Ingénierie Audiovisuelle pour créer des cinéastes et un public qui souhaite voir de tels films.

“Si vous êtes un réalisateur jordanien et qu’on vous apprend à faire un film, quel est l'intérêt de faire un film si vous n'avez pas de public réceptif ?” s’exclame Ghazzawi.

A sa façon, le marché illégal du DVD a contribué à combler ce vide. Pourtant le cinéma d'art et d'essai Rainbow tente d'aller encore plus loin dans l'espoir d'avoir une culture cinématographique florissante en Jordanie.

“On passe le nouveau film de Ken Loach ce soir, et même si le vidéo club l'a aussi, beaucoup de gens ne penseraient jamais à le demander”, explique Ghazzawi.

Le cinéma agit comme un centre communautaire où les films ne sont pas seulement diffusés, mais où les discussions sont aussi cultivées et encouragées avec des évènements cinématographiques qui vont de la semaine du film de Sundance, la semaine du film de l'Union Européenne, la semaine du film d'ONU Femmes ou encore le festival de film franco-arabes qui sont toujours accompagnés de débats.

L'ambiance unique de l'endroit en lui-même fait que les gens se sentent chez eux au cinéma, lui donnant une atmosphère chaleureuse, et le directeur lui-même est souvent présent pendant les discussions qui suivent les films.

L'étudiant à l'Institut RSICA Zacharia Jama fréquente souvent ce cinéma et pense que c'est un complément important dans sa formation cinématographique. Il estime que ce qui rend le cinéma unique c'est la manière dont Ghazzawi s'exprime à travers le cinéma, en plus de la riche histoire de ce lieu.

“Ce cinéma a quelque chose de magique”, s’émerveille Jama, “on dirait que le cinéma possède une âme et que Yazan en est le gardien, il s'assure que le cinéma soit respecté dans ce bâtiment. Ce lieu est vraiment thérapeutique, surtout lorsque vous étudiez le cinéma”.

Avec tout ce qui s'y passe, des cours de cinéma de l’Institut RISCA à la riche variété de films qui sont présentés tout au long du mois, Jama peut facilement se retrouver dans le cinéma quatre fois par semaine, voire plus.

“Le Rainbow pour moi c'est mon cinéma culte,  poursuit Jama. “Franchement, dès que je suis ici, je vais au cinéma ou je regarde ce qu'ils passent. Je regarde plus de films ici que chez moi.”

Tous ces différents éléments s'additionnent pour créer un espace où le public est à la recherche de ce lieu, arrangeant son emploie du temps en fonction de la programmation.

“Notre cinéma n'est pas un de ces cinémas où l’on vient le vendredi ou jeudi soir en disant, “Qu'est-ce qui passe ? Regardons ce film ! précise Ghazzawi. Même s'il s'agit d'un public plus restreint, au moins le public qui est là pour une raison : voir tel film ou telle séance en particulier."

Même si les chiffres ne semblent pas énormes, les conséquences potentielles du cinéma jordanien se font bel et bien ressentir puisque cet endroit continue de croître et de se développer.

“Dans mon esprit, ce lieu n'a pas rempli dix pour cent de son potentiel, conclut Ghazzawi. Il y a encore tellement de choses que nous pouvons faire, tant qu'il y aura des artistes et du contenu, il y aura toujours quelque chose à faire en plus”.

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