31/05/2013

Abdenour Hochiche, président des Rencontres cinématographiques de Bejaïa

« Le mot cinéma n’existe pas dans la pratique quotidienne du citoyen algérien »

Algérie, Maroc

Abdenour Hochiche, président des Rencontres cinématographiques de Bejaïa

Abdenour Hochiche, président des Rencontres cinématographiques de Bejaïa, a représenté l’Algérie au Festival de Sebou du court métrage de Kénitra, indique le journal marocain Le Matin.  Ce grand amoureux du septième art livre ses impressions sur le cinéma en général et maghrébin, en particulier. Sa vision invite à réfléchir sur l’avenir d’un art qu’on voudrait voir renaître de ses cendres.

 

Quel regard portez-vous sur le FestivalSebou du court métrage ? 

Je trouve que ce festival se caractérise par une convivialité et une proximité qui sont absentes dans beaucoup de rendez-vous cinématographiques. 

Il est évident qu’au vu de la ville et de ses habitants, ce festival gagnerait vraiment à être soutenu de manière plus forte afin qu’il prenne son envol dans une dimension que les organisateurs veulent lui donner à savoir la dimension maghrébine.

Que pensez-vous de la décision du jury concernant les prix décernés, notamment le cas du film Le quai du destin, d'Amina Saadi ?

Pour ce qui est du palmarès, je suis du genre à respecter les décisions du jury quel que soit le festival. Le jury est toujours souverain dans ses choix. J’aurais vu un autre résultat, mais ce n’est que subjectif de ma part. D’un autre côté, j’ai trouvé le niveau des films assez disparate en quelque sorte. Il y avait du bon et du moins bon. Je pense que c’est normal pour un pays qui produit jusqu’à 50 courts métrages par an.

Compte tenu de votre expérience cinématographique, comment évaluez-vous le cinéma marocain par rapport à celui de l’Algérie ?

On peut situer la comparaison à plusieurs niveaux. Sur le plan quantitatif il me semble qu’il est de notoriété publique que la production cinématographique au Maroc est très dynamique avec plus d’une vingtaine de longs métrages et une soixantaine, sinon plus, de courts métrages par an.  Ce qui est loin d’être le cas en Algérie qui n’arrive à produire que deux ou trois longs métrages, sachant que c’est un pays qui produisait par le passé de grands films et a participé à plusieurs festivals de renom, je citerais à titre indicatif Venise ou Cannes. 

Pour ce qui est de l’aspect qualitatif, je pense qu’il y a beaucoup de similitudes entre nos deux cinémas, ce qui est tout à fait normal. Nous sommes deux pays presque similaires sur les plans culturel, historique, des traditions et aussi au niveau sociologique. C’est-à-dire que les thématiques traitées par le cinéma marocain et algérien sont similaires. 

Nous avons les mêmes problèmes et nous avons les mêmes aspirations. Je constate qu’au niveau culturel il y a un énorme échange entre les deux pays. Il y a beaucoup de comédiens algériens qui viennent travailler au Maroc et plusieurs festivals marocains qui programment des films algériens.

Quelle place occupe le cinéma algérien dans le paysage culturel national ?

Le cinéma n’occupe, malheureusement, en Algérie qu’une petite place au niveau culturel. Nous avons de grandes villes de plus de 500.000 habitants telles que Constantine, Annaba ou Sétif qui ne disposent d’aucune salle de cinéma. La majorité des jeunes de moins de quarante ans dans plusieurs villes n’ont jamais mis les pieds dans une salle de cinéma. Les seules images de salles qu’ils ont sont celles qu’ils voient à la télévision. Le mot cinéma n’existe pas dans la pratique quotidienne du citoyen algérien.

Mis à part le financement public, les producteurs ne s’aventurent plus à financer des films compte tenu des difficultés rencontrées, c’est un cycle vicieux. Le développement du cinéma est tributaire de la distribution à grande échelle et de la présence d’un grand nombre de salles de cinéma. Il n’y a pas de solution miracle, tout dépend de la stratégie à mettre en œuvre intégrant les différents intervenants concernés.

Que pouvez-vous nous dire au sujet des rencontres cinématographiques de Bejaïa qui auront lieu au mois de juin prochain ?

Nous sommes à la veille des 11èmes rencontres cinématographiques de Bejaïa qui auront lieu du 8 au 14 juin prochain. Nous allons respecter la même démarche et la même ligne éditoriale qui était à l’origine de ces rencontres. Nous avons programmé pour cette année une trentaine de films en présence d’une vingtaine de réalisateurs. Nous avons le traditionnel atelier de formation aux techniques du scénario des courts métrages qui aura lieu à la salle de la cinémathèque de Bejaïa, récemment rénovée. Nous avons concocté un programme qui répond en quelque sorte à nos attentes par rapport à un cinéma que nous voulons défendre et présenter au public.

Nous voulons garder cet esprit amical et convivial à dimension humaine. Le plus important pour nous est de créer un rapprochement entre les professionnels du septième art et le public. 

 

Source : Le Matin

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