26/06/2013

Jordanie : une culture cinématographique en construction

L’industrie et la culture avancent ensemble

Industrie, Jordanie

Jordanie : une culture cinématographique en construction

Au début des années 1920, les cinémas ont commencé à fleurir en Jordanie, jusqu’à ce qu’il y en ait près de 32 partout dans le pays. Malheureusement, ce développement extraordinaire s’est ensuite inversé, jusqu’à ce qu’il ne reste plus que 22 cinémas concentrés uniquement à Amman. La réouverture du Rainbow Art House Theatre et du nouveau multiplexe TAJ Cinemas ne sont que des exceptions. Ce déclin dans le cinéma est dû à l’absence d’une culture cinématographique en Jordanie.

Sont également à remettre en cause le marché des DVDs piratés, des cinémas commerciaux n’attirant qu’un certain type de public, et un contexte sociale conservateur qui refuse de voir des hommes et des femmes ensemble dans les salles obscures.

Le genre de film les plus appréciés par le public jordanien est une question clé, et selon une recherche menée en 2008, les jordaniens vont surtout au cinéma pour voir des blockbusters américains ou des films égyptiens.

"C’est difficile d’attirer les gens dans les cinémas, il faut payer 8 dinar jordanien (8,67 euros) pour un ticket, plus un pour sa femme, pour ses enfants, sans oublier le popcorn… ça représente pas mal d’argent," constate Mervat Aksoy, producteur du film 7 Hour Difference, du réalisateur jordanien Deema Amr. Ce film n’est pas encore sorti, mais Aksoy affirme avoir déjà reçu des offres très intéressantes de la part des cinémas commerciaux.

Fadi Haddad, scénariste et réalisateur de When Monaliza Smiled, a eu la chance de voir son film passer à la fois dans les cinémas commerciaux et au cinéma Rainbow, ce qui lui a permis de toucher des publics différents.

Le fait que des films jordaniens soient  projetés dans les cinémas commerciaux d’Amman est déjà une belle avancée vers une culture cinématographique et témoigne d’un progrès dans l’industrie du cinéma jordanien. Mais que cela signifie-t-il ? Pourquoi est-il important de booster l’industrie du cinéma ?

Avec tous les problèmes de société qui touchent la Jordanie, l’art est souvent relégué au second plan : "Il ne faut pas oublier qu’avant  2000, le cinéma jordanien n’existait pas, ce qui explique, bien-sûr, pourquoi le cinéma n’occupe pas une grande place dans la vie quotidienne des jordaniens," rappelle Haddad.

Cette tendance se reflète également dans le fait que l’éducation en Jordanie se concentre plus sur les professions les plus courantes plutôt que le milieu artistique. "Étudier une forme d’art comme le cinéma n’est pas une décision facile à prendre et est souvent suivie d’importantes négociations et de désaccords dans la famille," déplore Aksoy.

Et pourtant, les jordaniens continuent à se battre pour faire des films. Aujourd’hui, un film jordanien suscite deux genres de réactions : soit les gens sont choqués qu’une telle chose existe vraiment, soit ils sourient d’un air condescendant qui en dit long sur l’estime qu’ils ont de la qualité de ces films.

Avec un cinéma jordanien toujours à la recherche d’un style qui lui est propre, les possibilités de créer de nouvelles perspectives, à la fois au niveau local et international, sont considérables.

"Je pense que nous devrions faire plus de films dans la langue des gens d’ici, des films qui abordent des sujets qui touchent les jordaniens et reflètent leur histoire," partage Haddad. "Nous ne pouvons pas construire une culture cinématographique sans commencer sur des bases solides et créer un sentiment d’appartenance entre le cinéma et le peuple."

L’éducation à l’image est un point clé qui permettrait de booster le cinéma jordanien et d’encourager  le développement cette industrie. Selon Kesser, il faudrait mettre à l’aise les jordaniens avec des images qu’ils n’ont pas l’habitude de voir afin de créer "un public ouvert à de nouvelles expériences."

"Il faudrait mettre en place des écoles de cinéma qui posent des questions comme : Que voyez-vous dans ce film ? Qu’y a-t-il de nouveau ou de surprenant ? Qu’est-ce qui marche ou ne marche pas ? Qu’avez-vous retenu de ce film ? En quoi cela est-il différent des films que vous voyez d’habitude ?"explique Keser.

En plus des cours de cinéma, il y plusieurs éléments de société qui, si coordonnés, pourraient contribuer à promouvoir une culture cinématographique, comme un festival international de cinéma.

Ce genre d’événement ferait venir des films de pays différents, en plus des films locaux. Avec une bonne organisation et de la publicité, le festival permettrait de célébrer le cinéma local et international chaque années.

De plus, certaines réglementations gouvernementales pourraient être mises en place pour aider le cinéma jordanien. "Au Bangladesh, on ne peut pas montrer de films d’Hollywood ou de Bollywood ou du Pakistan au cinéma ou à la télévision, mais on peut les vendre et les gens peuvent quand-même les voir." Le cinéma jordanien en étant toujours à ses balbutiements, l’aide aux films locaux n’a pas encore fait ses preuves.

Le Red Sea Institute for Cinematic Arts (RSICA)  ne prenant plus d’étudiants, cette période pourrait permettre aux cinéastes et aux cinéphiles de réfléchir sur les moyens de construire une culture cinématographique en Jordanie.

 

Deema Dabis

Traduit de l’anglais par Laure Deschamps

 

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