06/12/2013

Le long-métrage du collectif alexandrin The Mice Room fait sa première à Dubaï

Six jeunes cinéastes égyptiens débarquent en compétition à Dubaï avec leur premier long métrage micro-budget

Evènements et festivals, Égypte

Le long-métrage du collectif alexandrin The Mice Room fait sa première à Dubaï
Le long-métrage du collectif alexandrin The Mice Room fait sa première à Dubaï

En 2010, six jeunes diplômés de l'école de cinéma jésuite d'Alexandrie ont décidé de réaliser un film ensemble, pour casser l'idée de l'ego du réalisateur, bien que sans budget pour le faire. La plupart d’entre eux avait travaillé sur le film numérique et à petit budget d’Ibrahim el Batout, Hawi, et ont estimé qu’ils pourraient faire de même.

Ils blogué sur leur projet en anglais, avec des photos et vidéos sur le casting, le choix des caméras, la construction d'un chariot de travelling fait maison, leurs premiers pitchs et montages, jusqu'à, finalement, l’envoi de la master copy du film. Aujourd'hui, le compte à rebours est lancé, sur leur blog.

Ce samedi, The Mice Room de Hend Bakri, Mohamed el- Hadidi , Ahmed Magdy Morsi , Nermeen Salem , Mayye Zayed et Mohamed Zidan fera sa première mondiale au Festival international du film de Dubaï dans la compétition Muhr Arab Feature. Ce premier long métrage sans budget sera en compétition contre plusieurs autres films dont Factory Girl de Mohamed Khan, C’Est Eux les Chiens de Hicham Lasri, May in the Summer de Cherien Dabis et Ladder to Damascus de Mohamed Malas.

« Nous sommes très heureux », s’est réjoui Mayye Zayed, l'un des co-réalisateurs du film, auprès d’Euromed Audiovisuel par téléphone jeudi soir avant de s'envoler pour Dubaï. « Lorsque nous avons pensé à ce film pour la première fois, nous n’avions jamais imaginé qu’il puisse aller aussi loin. Cela donne à l’expérience que nous avons menée une sorte de reconnaissance. »

The Mice Room suit six personnages différents à Alexandrie, chacun luttant avec ses craintes. Amr rend visite à son père sur son lit de mort. Moussa lutte toute la journée pour traverser une rue. Dahlia s’inquiète du jour de mariage. Une jeune fille regarde sa grand-mère vieillir à vue d’œil. Après la mort de son mari, Rawya est incapable de s’endormir, alors que Maha s’apprête à quitter le pays et à laisser tout ce qu’elle connaît derrière-elle. Les personnages partagent les mêmes sentiments de peur, mais ne se rencontrent jamais.

Dans ce film sur l’Alexandrie du quotidien, chaque section est principalement écrite et réalisée par un cinéaste différent, mais les histoires ont toutes été réunies après le montage. C'est la première expérience de ce genre en Égypte, après Knocking on Doors co-réalisé par un groupe de jeunes cinéastes du Caire en 2010.

« C'est le premier long métrage réalisé uniquement par des cinéastes d'Alexandrie », explique Zayed. Bien que les réalisateurs égyptiens Ahmed Abdallah et Ibrahim el Batout ont récemment réalisé Microphone (2010) et Hawi (2010), deux films tournés à Alexandrie, aucun n’était originaire de la ville méditerranéenne.

Les seuls membres non-alexandrins de l'équipe de The Mice Room sont la compositrice russe habitant aux États-Unis Anna Drubich et la créatrice de l'affiche, la polonaise Maria Ined Gul. Après de nombreuses conversations par Skype, la musique du film a été enregistrée à Los Angeles aux États-Unis, puis envoyée en Égypte via Dropbox.

« Alexandrie n'a pas encore d’industrie du film comme au Caire, la plupart des personnes souhaitant devenir cinéastes doivent aller Caire pour  commencer leur carrière et ceux qui restent ne produisent que des courts-métrages », écrit Zayed dans le premier post du blog en août 2010. « Nous voulions rester ici et faire un long métrage avec l'aide de tous les amoureux du cinéma dans la ville. »

Et ils ont réussi leur pari. Sans aucun financement jusqu'à la fin du projet, où ils ont reçu une subvention du fonds Enjaaz du festival du film de Dubaï pour accélérer la post-production, tous les membres de l’équipe étaient bénévoles et les lieux de tournage ont tous été utilisés gratuitement. Moins de 22.000 livres égyptiennes (moins de 2.350 €) ont été dépensés sur l'ensemble du film. « C'est une autre façon de faire des films ! », reconnaît Zayed.

Si les six réalisateurs ont voulu bloguer sur leur expérience - échecs et réussites – pour servir à d’autres, Zayed espère aussi que le film sera largement distribué à tous les jeunes cinéastes en herbe du monde entier pour leur montrer qu'il est possible de réaliser un film sans budget.

Alors qu'ils continuent à en apprendre davantage sur la distribution, les cinéastes ont lancé une maison de production appelée Rufy’s, « une société de production de films que six d'entre nous ont fondée pour aider les cinéastes indépendants d’Alexandrie à réaliser leurs films, de la même façon quenous avons fait le nôtre ».

Cette expérience rappelle Coming Forth By Day de Hala Lotfy qui a engendré le collectif de cinéastes Hassala, au Caire : «Essentiellement, c’est The Mice Room qui a créé Rufy’s, et pas le contraire ».

« Nous travaillons ensemble sur d'autres projets, à différentes phases de production. Nous sommes également très fiers que la plupart des gens qui ont travaillé avec nous pour The Mice Room font leurs propres films ici à Alexandrie, et pas Caire ou ailleurs. »

 

Alice Hackman

 

Bande-annonce - The Mice Room (sous-titres anglais)

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