07/12/2013

Les jeunes cinéastes en nombre au Panorama du film européen du Caire

Le festival de Misr international attire les foules, accueillant des invités de haut standing dans une ambiance conviviale

Evènements et festivals, Égypte

Les jeunes cinéastes en nombre au Panorama du film européen du Caire

À l'extérieur de la salle de cinéma Galaxy du Panorama du film européen du Caire, lundi soir, de jeunes cinéastes égyptiens et leurs amis se sont réunis avec enthousiasme pour la première de cinq courts-métrages sur les femmes en Égypte. Le public était tellement nombreux que les films ont dû être projetés à deux reprises, avant la discussion avec leurs jeunes réalisateurs et leur mentor, le réalisateur égyptien Mohamed Khan, dont le film Factory Girl fera sa première à Dubaï en cours de semaine.

Mercredi, les festivaliers passionnés qui se sont rendus au cinéma tôt dans la journée pour acheter des places pour la première égyptienne du premier long métrage d’Ayten Amin Villa 69, en présence de l’équipe du film et des acteurs Khaled Abol Naga et Lebleba, étaient un peu surpris lorsqu’ils ont été conduits dans une salle de projection séparée pour voir le film. Ils ont toutefois été en mesure d’assister à la séance de questions/réponses dans la salle de projection principale.

Et tandis que la première égyptienne très attendue de The Square de Jehane Noujaim a été annulée jeudi, les foules étaient de retour vendredi pour voir Coming Forth by Day de Hala Lotfy, qui n’est toujours pas sorti dans les salles locales.

Il n’est pas rare que les événements du Panorama du film européen soient bondés. L'année dernière, le documentaire Jews of Egypt d’Amir Ramses a attiré tellement de spectateurs qu'il a dû être projeté à trois reprises - et ce, seulement après que de nombreuses festivaliers déçus sont rentrés chez eux.

Depuis son lancement mercredi dernier, cette 6ème édition a connu l’effervescence avec des cinéastes et des cinéphiles de tous âges désireux de voir des titres européens et arabes, à un point tel qu’un jeune cinéaste l’a décrit comme le « meilleur festival du film » d’Égypte.

Plusieurs invités de prestige ont assisté à l'événement cette année, parmi lesquels la réalisatrice franco-égyptienne Rani Massalha et l’acteur palestinien Mohammed el Bakri venus présenter Giraffada, un conte sur une girafe en Cisjordanie occupée dont la première a eu lieu à Toronto en août, ainsi que autres invités du monde arabe, d'Europe et des États-Unis venus pour parler de leurs films.

Parmi eux, la scénariste française Sylvette Baudrot a rencontré le public pour parler de Hiroshima mon Amour d’Alain Resnais, un film de 1959, au programme de la section Classiques du festival dans lequel l’actrice Emmanuelle Riva (Amour) a notamment joué, lorsqu’elle avait 30 ans.

« Je pense qu’Alain Resnais voulait dire que la femme, comme un homme, peut avoir de nombreuses aventures amoureuses », a-t-elle expliqué au public après le film, provoquant un « Bravo ! » de l'interprète égyptienne. « Il souhaitait faire un documentaire sur l'imaginaire », a-t-elle ajouté plus tard, lorsqu'on lui a demandé si le personnage principal du film mentait.

Alain Resnais l’a choisie pour l'accompagner au Japon, car elle parlait anglais et lui avait dit lors d’un entretien aimer les comédies musicales, a-t-elle ajouté. Lorsqu’elle a reçu la nouvelle par téléphone dans un café, elle fut si heureuse qu’elle s’est mise à danser entre les tables.

Le réalisateur avait une équipe différente au Japon et en France, il marchait donc avec le machiniste pour que le rythme soit identique dans tous les travellings, a-t-elle expliqué à l’auditoire. Et Hiroshima mon amour n'est pas du tout un film de la Nouvelle Vague, a-t-elle ajouté, parce que Resnais préparait minutieusement ses tournages.

Mais Baudrot, énergique dame de 85 ans, a également raconté plusieurs anecdotes amusantes. Pour une scène à Hiroshima, où un taxi devait s’arrêter à discothèque Casablanca, la police a refusé de fermer la rue et le propriétaire de la discothèque a donc demandé à six de ses videurs de faire le travail. Elle écrivait son rapport, un soir où six paires de pieds sont apparus soudainement devant elle. « Bonsoir », dit-elle. « Vous, couchez avec moi ! » a répondu l’un d’eux. Heureusement, Resnais est venu à sa rescousse. « Je n'ai pas couché ce soir-là ! », conclut-elle.

Parmi les questions enthousiastes du public, quel a été le film le plus inoubliable pour lequel elle a travaillé ? Chacun d'entre eux. Sur quel projet travaillera-t-elle prochainement ? « Si je suis encore en vie, peut-être le prochain Roman Polanski sur l'affaire Dreyfus », a-t-elle répondu.

Ce n'est que l'une des nombreuses soirées animées entre une communauté de cinéastes, de cinéphiles, de quelques critiques de cinéma âgées et d’invités de ce festival populaire fondée par la réalisatrice et productrice égyptienne Marianne Khoury, qui depuis ses débuts a également innové avec une section consacrée à l'éducation à l’image.

 

Alice Hackman

partagez cet article par email imprimer cette page