01/09/2014

Une marche pour la vie, Loin des Hommes

Ce western français sur fond de révolution algérienne déroule le tapis rouge de la compétition vénitienne pour Viggo Mortensen, Reda Kateb et David Oelhoffen

Evènements et festivals, Algérie

Une marche pour la vie, Loin des Hommes

Après un premier film (Nos retrouvailles, 2007) sélectionné à la Semaine de la Critique cannoise, David Oelhoffen est resté discret. Il aura fallu attendre sept années pour que le deuxième long métrage de l'auteur-réalisateur français arrive sur les écrans, en compétition de la 71e Mostra de Venise. 

Loin des Hommes est un road movie sans route, un western moral qui situe son action dans l'Algérie de 1954, en pleine révolution. Daru (Viggo Mortensen s'exprimant dans un français impeccable), fils de colons espagnols aspire à une vie sans histoire dévouée à l'enseignement. Dans sa petite école isolée, il apprend à lire et à écrire le français à de jeune arabes. Cette "école où il n'y a pas de français" n'est pas particulièrement appréciée par l'occupant. Un beau matin, les gendarmes lui confient Mohammed (incarné par le Français d'origine algérienne Reda Kateb), un prisonnier accusé d'avoir assassiné son cousin. Daru est chargé de l'escorter en ville, à un jour de marche dans le désert, vers son procès et une mort certaine. Daru n'accepte pas la mission, mais lorsque son prisonnier refuse d'être relâché et qu'il le supplie de l'amener au jugement, les deux hommes s'engagent sur une piste menacée par les rebelles, la vendetta locale et l'armée française. 

De facture élégamment classique, Loin des Hommes est une oeuvre solide magnifiquement photographiée par Guillaume Deffontaines qui rend parfaitement le climat désertique dans lequel survit le film.

L'excellente partition de Nick Cave et de Warren Ellis renforce le côté western du film. L'histoire a d'ailleurs un petit côté 3:10 to Yuma et est librement inspirée de L'Hôte, une nouvelle d'Albert Camus. Elle se concentre surtout sur la découverte des deux personnages, leur relation grandissante et leurs motivations morales. Daru est un homme solitaire qui a du mal à se sentir chez lui dans un pays où il n'est pas aimé des Français et détesté par les Arabes qui l'associent à l'occupation. "Pour les Français, on était des Arabes. Pour les Arabes, on est des Français", explique-t-il en évoquant ses origines andalouses.

Viggo Mortensen incarne parfaitement la dignité de son personnage et la droiture militaire d'un homme de principes qui a dédié sa vie à une cause qu'on lui retire.

Face à lui, Reda Ketab transpire l'authenticité d'un homme qui n'a pas horizon et qui se sacrifie pour les siens. Pour donner un avenir à cet étranger, Daru doit faire une croix sur le sien. Le pays change de mains et sa place est incertaine, mais Daru est un homme juste qui a le sens de la vocation. Quoiqu'il advienne de lui, le spectateur sait qu'il fera toujours les "bons" choix.

Loin des Hommes est aussi la carte postale d'une période charnière de l'histoire algérienne. Le film donne des clés pour comprendre la révolution et il ne stigmatise pas les cultures, aussi différentes soient-elles. Ses décors austères renforcent l'hostilité du territoire par opposition à l'empathie qui se développe entre les deux personnages. Dans un climat de mort, cette relation rappelle le miracle de la vie, la transmission du goût pour celle-ci d'un homme à un autre. La morale, lorsqu'elle est habilement mise en scène fait aussi partie des belles leçons de cinéma.

Source : Cineuropa

partagez cet article par email imprimer cette page