16/09/2014

Dalia Al Kury, cinéaste jordano-palestinienne

« Je n’y croyais pas dans ma tête, mais dans mon coeur j’avais de nouveau peur du djinn »

Jordanie, Palestine

Dalia Al Kury, cinéaste jordano-palestinienne
Le film de la cinéaste jordano-palestinienne Dalia Al Kury, Possessed by Djinn (lit. « Possédée par le Djinn »), est l’un des trois projets de films sud-méditerranéens à avoir reçu un soutien post-production de Final Cut à Venise cette année. Les deux autres projets étaient The Council du réalisateur jordano-palestinien Yahya Alabdallah et Chacun sa bonne du réalisateur libanais Maher Abi Samra.
 
Euromed Audivisuel a rencontré Dalia Al Kury et le producteur Lino Rettinger pour parler de Possessed by Djinn, film qui suit l’histoire vraie d’Aya, une jordanienne de quatre ans tuée par son père alors qu’il la croyait possédée. Cette croyance aux démons, ou djinns, est un aspect peu connu de la culture islamique
 
 
Pourriez-vous expliquer brièvement qui vous êtes et ce que vous faites ?
 
Dalia Al Kury : Mon nom est Dalia Al Kury. Je suis cinéaste jordanienne-palestinienne. J’ai produit plusieurs films qui ont été vendus à plusieurs chaines de télévision, comme Al Arabia. Ce film est ma première co-production européenne.
 
Lino Rettinger : Et je suis le producteur, Lino Rettinger. Je viens de commencer ma carrière à Lichtblick Film à Cologne, qui est une entreprise familiale. J’ai rencontré Dalia à Eurodoc. Je pense que c’est un projet très intéressant et je suis très heureux qu’il plaise aux gens, que ce soit les cinéastes ou les gens normaux [rires].
 
Le film a reçu plusieurs fonds de soutien. Comment avez-vous fait ? Est-ce grâce à elle (Dalia Al Kury) ?
 
Lino Rettinger : [Rires] Pendant longtemps nous n’avons pas reçu d’argent. Après un an de travail, nous avons obtenu les fonds Robert Bosch pour le développement. Mais ce qu’elle (Dalia Al Kury) a fait est qu’elle n’a pas redéveloppé. Elle a tourné immédiatement et après peut-être deux ans, on avait assez de matière pour persuader les gens de soutenir le projet, parce que c’est un sujet et un genre de film qui est très difficile à expliquer par écrit, avec un script. Lorsqu'on a eu la bande annonce, des portes se sont ouvertes : Arte, le fonds Robert Bosch, qui est un très bon partenaire, et les fonds de soutien des films régionaux à Cologne. Et maintenant Venise.
 
Comment vous est venu l’idée de faire un film sur les djinns ?
 
Dalia Al Kury : Quand j’étais petite, comme la plupart des enfants, j’avais toujours peur qu’il y ait un monstre ou un djinn sous mon lit. Ensuite, j’ai trouvé l’histoire de cette petite fille qui est morte, et ça m’a beaucoup intéressée de savoir comment cela peut prendre autant d’ampleur dans notre société. Le djinn peut être tellement vrai pour certains. Pour moi, ce n’était plus vrai, j’ai grandi. Mais en fait, certaines personnes souffrent encore de cette peur. Cela m’a vraiment intriguée et je voulais trouver ce monde magique sous la surface de notre quotidien.
 
Lino Rettinger : Ce film traite de sentiments irrationnels. Ce fut un long parcours pour découvrir ce que notre projet allait être, ce qui en était le coeur. Et il s’est vraiment transformé avec le temps.
 
Vous jouez votre rôle dans le film. Est-ce que votre personnage croit aux djinns ?
 
Dalia Al Kury: Les djinns peuvent réellement exister dans la tête de certaines personnes, mais pas en réalité. Dans la tête de mon personnage, ils existent vraiment, et oui, je n’y croyais absolument pas, mais j’ai commencé à avoir peur. C’est irrationnel, complètement irrationnel. Je n’y croyais pas dans ma tête, mais dans mon coeur j’avais de nouveau peur du djinn. Comme si je redevenais une enfant.
 
Lino Rettinger: C’est un grand débat dans l’équipe et dans notre travail : à quel point voulons nous être ouvert sur le sujet ? Je veux dire, bien sûr que ce ne serait pas correct de dire : « Le djinn n’est pas réel, regardons ces gens qu’elle a rencontré qui croient en quelque chose qui n’existe pas. » Ce serait assez arrogant. La fin du film est volontairement vague afin de laisser le choix à l’audience.
 
Que pensez-vous de cette récompense ?
 
Lino Rettinger : Le film va être de mieux en mieux, j’en suis sûr. On l’a regardé aujourd’hui et il y a tellement à faire. Je suis très content. Au début, comme je l’ai dit, nous n'avions pas d’argent, et Dalia non plus. Mais à présent, le film devient progressivement d’une qualité professionnelle, et je pense que nous en avons besoin, parce que notre style est très avant-garde. Et la nuance est subtile entre être artistique et amateur. Donc pour le son, la correction de couleurs, les sous-titrages, c’est parfait pour nous.
 
Dalia Al Kury : Oui, c’est vraiment très bien.
 
 
Traduction : Louise Cachot
 

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