09/10/2014

Syria Inside : « La Révolution syrienne pour les nuls »

Présenté au festival du film de Beyrouth, ce documentaire co-produit est désormais disponible en visionnage gratuit sur Youtube

Evènements et festivals, Syrie, Liban

Syria Inside : « La Révolution syrienne pour les nuls »

Présenté dans le cadre du festival international du film de Beyrouth, ce documentaire co-produit par l'allemand Jan Heilig et le syrien Tamer Al Awam est disponible en visionnage gratuit sur Youtube. 

Dès le début du film Syria Inside, le spectateur peut se demander sur quelle planète il a atterri. Dans un décor presque en carton-pâte, deux présentateurs syriens font le show, interrogent des personnalités en lévitation dans l'espace et diffusent un micmac de vidéos, fictionnelles ou réelles sur la Syrie. Parmi elles : des dessins animés, des sketchs, des graphiques, mais aussi des témoignages réels de la guerre qui touche leur pays. Le tout marqué par un humour noir, très syrien, comme le disent les protagonistes de ce show surréel : « Nous, les Syriens, nous sommes connus pour notre humour ». Un humour ponctué de gravité, puisque, dans ce pamphlet au parti pris assumé, contre Bachar Al Assad, certains extraits sont d'une extrême violence.

Le but des coproducteurs : retracer les débuts de la Révolution et surtout proposer une sortie de « Syrie pour les nuls » en vidéo à destination de la population occidentale. Le coproducteur allemand Jan Heilig explique : « J’ai beaucoup suivi l'actualité du Printemps arabe, mais j'en avais marre que les médias laissent peu de place aux vrais Syriens ou Syriennes pour s'exprimer. En Occident, ce n'est pas facile de se faire une idée de la situation syrienne, pas mal de gens ne savent même pas où la Syrie se situe. Il n'y avait pas beaucoup de voix arabes, et lorsque j'ai rencontré le militant syrien Tamer Al Awam lors d'une manifestation à Berlin, nous avons tout de suite décider de travailler ensemble pour une coproduction ».

Tamer Al Awam a participé activement au travail, on l'aperçoit à plusieurs reprises dans le documentaire, il a tourné en Syrie où il est mort en 2012. Il a donc fallu continuer le projet sans Tamer. Jan s'est entouré d'autres collaborateurs syriens : « Dans le film, ce n'est pas un Occidental qui parle, mais les Syriens, à leur façon, avec leur art, leur théâtre, leurs sketchs ». D'où un mélange de vidéos documentaires et fictionnelles, qui laissent la parole aux citoyens syriens et permet de retracer l'histoire d'une révolution médiatisée par des smartphones. Et Jan de continuer : « Ce n'est pas un film documentaire dans le sens original du mot, on voulait raconter, expérimenter, et le faire avec humour. Dans une guerre, il n'y a jamais de vérité, il n'y a que des histoires. C'est le reflet de ces histoires que je voulais diffuser, même si on ne peut pas vérifier toutes les vidéos. Mais beaucoup de sources officielles et documentées, proches de l'ONU, indiquent que les choses dont on parle se sont passées très souvent ».

Si l'équipe du film a voulu raconter sa vérité, peut-être pourrait-on reprocher au montage d'utiliser beaucoup d'images d'enfants ou de musiques émotionnelles, comme une sorte de propagande, où l'on cache également les dérives des rebelles syriens. A cette question, le producteur se justifie : « Au moment où l'on a fini la production, le djihadisme existait mais on ne pouvait pas prévoir qu'il grandirait autant et prendrait une telle place dans les médias. En plus, l'Etat islamique n'a pas une origine syrienne, il ne représente pas le peuple syrien ». Et c'est là tout l'héritage de Tamer Al Awam qui est laissé dans le film : au-delà de tout, le documentaire rend hommage à Tamer, aux activistes et aux Syriens qui rêvent encore d'une Syrie libre.

Anaïs Renevier

 

Syria Inside :

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