12/11/2014

Le Liban, résistant du cinéma

Rencontre avec Jocelyne Saab, organisatrice du festival de résistance culturelle qui se déroule du 12 au 17 novembre

Evènements et festivals, Liban

Le Liban, résistant du cinéma

De la résistance, il en aura fallu à Jocelyne Saab pour mener son projet à terme. Depuis près d'un an, elle travaille à la mise en place du festival de résistence culturelle, un festival de cinéma sans précédent au Liban, puisqu'il se déroulera simultanément dans cinq villes libanaises : Beyrouth, Tripoli, Saida, Tyr et Zahlé. « On a voulu toucher un public en dehors de Beyrouth, où se déroulent la plupart des manifestations culturelles. Dans certaines salles, les projections sont gratuites », explique l'organisatrice, également réalisatrice.

La préparation du festival ne s'est pas faite sans obstacles, à commencer par des critiques sur le titre du festival : « Au Liban, le mot résistance fait peur car il est connoté politiquement. Mais les mots n'appartiennent à personne, les mots ‘résistance culturelle’ sont magnifiques et ils ont tous leur sens, encore plus aujourd'hui. Il y a deux semaines, le Liban glissait dans une guerre terrible à Tripoli, mais on n'abandonne pas pour autant le festival. » 

Au programme, des films principalement d'Asie et de la Méditerranée, pour offrir au public un choix différent des blockbusters habituellement présentés au Liban : « j'ai choisi les longs-métrages comme si j'en écrivais un. Les films ont un lien, les personnages des documentaires et des fictions se répondent, j'ai essayé d'équilibrer l'action et le drame, comme si je mettais le festival en scène ».

jocelyne-saab

Les films sont articulés autour de trois thèmes : les brûlures de l'histoire, la voix au féminin  et renaître à vingt ans. Les organisateurs ont misé sur des «blockbusters» d'auteurs, comme Ilo Ilo qui a attiré plusieurs millions de spectateurs dans les salles asiatiques. Des films arabes sont à l'honneur également, des films libanais anciens sur le thème de la mémoire, mais aussi des films récents algériens : Loubia Hamra, Zanj Revolution, tunisien : 7 vies ou encore syriens, avec un cycle de projections et conférences pour rendre hommage à Chaab Mahmoud. En parallèle, des films seront projetés dans des écoles et des séminaires ouverts au public auront lieu dans les universités partenaires.

Un programme vaste, qui était encore plus étoffé au départ. Mais le manque d'argent s'est fait ressentir. Jocelyne Saab a bien tenté de lancer une campagne de crownfunding sur le site aflamnah, mais les dons ont atteint 20% de la somme espérée : « Déjà, les Libanais ne sont pas habitués à payer par carte de crédit sur Internet » explique la réalisatrice. « Mais surtout, il y a une forme générale d'apathie par rapport à la situation au Liban. Les donateurs sont sollicités de toute part. »

Sans la somme espérée, le festival a dû renoncer aux droits de certains films, à des invités, des sous-titrages... Un travail de titan, qui n'a pas réussi à démotiver Jocelyne Saab et son équipe. Pour l'édition de l'an prochain, ils comptent atteindre de nouvelles villes au Liban et pour cela Jocelyne Saab lance un appel au volontariat : « Le bénévolat est rare au Liban, il faut qu'on fasse renaître cette notion pour sortir le Liban de son apathie culturelle ».

Anaïs Renevier

 

Festival de résistance culturelle - bande-annonce : 

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