25/11/2014

7 vies, la nostalgie du benalisme en question

Projeté à Beyrouth, le documentaire a une résonance particulière, de la Tunisie au Liban

Tunisie

7 vies, la nostalgie du benalisme en question

« Mon barbier a un portrait de Ben Ali qui trône dans son salon ». C’est par ce constat, fait en 2013 par le réalisateur Amine Boufaied à la journaliste Lilia Blaise qu’est née l’idée du documentaire 7 vies.

7, comme le symbolique 7 novembre 1987, date du coup d’Etat qui a placé l’ancien dictateur Ben Ali au pouvoir. Lilia Blaise explique : « Nous avons constaté que ce phénomène commençait à croître chez certains Tunisiens. En raison de l’instabilité politique, de l’insécurité, de l’incertitude économique, certains semblaient déçus de la révolution et exprimaient leur nostalgie de l’époque Ben Ali ».

Amine Boufaied et Lilia Blaise lancent alors leur projet, ils veulent comprendre cette nostalgie et filmer le documentaire avant les élections présidentielles de 2014. Difficile à ce moment là de trouver un financement : « Dès le début, nous savions que le sujet que nous traitions n’enchanterait guère des subventions » explique Lilia Blaise. « C’était notre premier film, et ni l’un ni l’autre n’avions beaucoup de contacts dans le monde du documentaire et du cinéma ». 

Ils ont pu alors compter sur une boîte de production locale, Artworks qui leur a octroyé un budget suffisant pour le tournage et qui a permis un partenariat pour le matériel. Pour la post-production, ils ont levé des fonds sur la plateforme de crowdfunding kisskissbankbank. Si leur documentaire a pris vie, les deux réalisateurs n'ont néanmoins pas eu les moyens de se verser un salaire pour leur travail.

Ils ont mis en commun leurs compétences respectives et mis en parallèle leurs regards, cinématographique et journalistique. Résultat : un documentaire à la rencontre des deux professions, sans voix off : les experts (psychologue, philosophe, spécialiste des médias...) interviewés servent de fil conducteur et leurs mots s'entrecroisent avec les témoignages de citoyens. Les interviews se succèdent, parfois avec trop  peu d'images d'illustrations, parfois en un flot dont le rythme rapide peut perdre le spectateur. Pour les archives, il leur aura fallu redoubler d'inventivité, les réalisateurs étant dans l'impossibilité de faire « un réel documentaire historique » comme l'explique Lilia Blaise : « Nous manquions beaucoup d'images d'archives et d'écrits sur les actes de Ben Ali, tout est sous scellés, dans l'attente d'une ouverture dans le cadre de la justice transitionnelle ».

Si leur documentaire manque parfois de respiration, il embarque le spectateur dans un dédale de questionnements. Lilia Blaise explique : « Parler de Ben Ali est encore tabou, c'est normal que le film suscite un certain débat. Ce qui est vraiment enrichissant, ce sont les débats que nous avons faits avec le public après les projections à Paris et Tunis ».

Ce film sur le rapport à la figure du dictateur trouvera également une résonnance particulière dans le monde arabe, et même à Beyrouth les discussions allaient bon train après la projection, les spectateurs évoquant les parallélismes qui les ramenaient à leur propre Histoire. Reste aux deux jeunes réalisateurs à trouver un diffuseur, pour parvenir à projeter le film le plus possible, et selon leur souhait, surtout en Tunisie. 

Anaïs Renevier

 

7 vies - bande-annonce : 

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