08/12/2014

Dix courts-métrages de jeunes cinéastes palestiniennes présentés à Genève

Deux cinéastes se voient refuser l’autorisation de voyage et ne peuvent se rendre à Genève mais participent tout de même à la discussion via Skype

Evènements et festivals, Palestine

Dix courts-métrages de jeunes cinéastes palestiniennes présentés à Genève

Plusieurs courts-métrages de cinéastes palestiniennes sont présentés dans le cadre d’une section spéciale : « Palestine : filmer, c’est exister » lors des rencontres cinématographiques de Genève (Suisse) qui se sont tenues du 28 novembre au 1e décembre.

Dix films produits par Shashat Women Cinema y ont été présentés. Parmi eux, six ont été réalisés par de jeunes cinéastes de la bande de Gaza, et quatre par de jeunes femmes cinéastes originaires de Cisjordanie. Sept films ont reçu un large soutien de la part de l’Union européenne (formation et production). Le soutien qu’apporte l’UE à Shashat depuis 2008 permet aux jeunes palestiniennes de pouvoir faire leurs premiers pas dans la réalisation.

Trois des jeunes femmes cinéastes ont été invitées au festival. Il s’agit de Liali Kilani, originaire de Naplouse, de Athar Jdaili de la ville de Gaza et de Alaa Desoki, originaire de Khan Younès, dans la bande de Gaza. 

Ni Athar Jdaili ni Alaa Desoki n’ont pu se rendre au festival à cause de la fermeture du point de passage de Rafah, et n’ont pu obtenir de permis pour quitter le territoire via le point de passage d’Erez. Toutes deux ont cependant pris part à la session de questions/réponses qui a suivi la projection de leurs films et à une table ronde de cinéastes par le biais de Skype.

La cinéaste Liali Kilani, qui a pour sa part pu assister au festival, a déclaré : « (Des membres du public) ont été surpris de voir de si bons films, aux idées neuves et fraîches, tournés par des jeunes femmes palestiniennes. Ils ont fait l’éloge de nos films car tous sont composés d’une chute, d’une idée drôle ou intelligente, et c’est quelque chose qui leur a plu  de voir que malgré l’occupation, nous, les jeunes cinéastes palestiniennes, avons de l’espoir et de l’amour pour la vie ».

Elle aurait aimé que ses collègues, les autres cinéastes, puissent être présentes pour voir l’enthousiasme du public pour leurs films : « Nous avons travaillé dur sur ces petits films mais notre travail a porté ses fruits. Le fait que nos films plaisent au public est une reconnaissance de notre travail ».

Les dix films sélectionnés sont les suivants :

Cut! de Athar Jdili (2012), un film sur l’électricité, qui fait grandement défaut à Gaza. Après 22h, le quartier est en effet divisé en deux parties : l’une où l’on s’apprête à enfin rallumer les lampes après 8h passées sans électricité, et l’autre où on s’engage dans une course contre la montre avant de lui dire adieu.

Noise! de Alaa Desoki (2012) met en lumière un sujet connexe. « À Gaza, nous nous réveillons avec le bruit des générateurs, des ambulances, des enterrements, des tirs d’obus, des marchands de rue, etc. Le bruit est la conséquence négative inévitable de notre situation, et il nous rend violents et agressifs, nous empêche de communiquer et, ce faisant, nous éloigne les uns des autres. »

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Jdili et Desoki ont travaillé ensemble sur Sardine & Pepper en 2011, un film qui se penche sur la relation qu’entretient Gaza avec le poivre et les sardines et la façon dont cela s’inscrit dans le quotidien à Gaza et se fait le témoin de ce qu’est la vie là-bas.

Out of Frame de Reham Ghazali (2012), originaire de la ville de Gaza, se concentre sur Ibaa et Rihaf, deux jeunes palestiniennes qui ont grandi en rêvant d’une société dont elles pourraient partager les espoirs et aspirations. Mais toutes deux se heurtent violemment à une réalité bien plus dure et cruelle que celle qu’elles avaient imaginée, une réalité dont elles finissent par se sentir exclues.

Rana Mattar, également originaire de la ville de Gaza, expose une autre réalité gazaouie, tout aussi dure, dans son film It looks pretty... but (2013). Le film traite de la mer, aussi fascinante et belle que polluée.

Eslam Elayan, originaire de Rafah et Areej Abu Eid, de Nuseirat ont tourné Kamkameh en 2011, un film explorant également la vie à Gaza et comment il y est presque devenu normal de se cacher, que ce soit du point de vue personnel ou social : « Des masques, des bâtons, l’obscurité du jour, dans le ciel et sous la terre ».

Dans le film If they Take it! Liali Kilani de Naplouse (2012) raconte que la résistance peut revêtir différentes formes. Pour Um Ayman, la résistance consiste à rester chez soi et à s’occuper de son foyer alors que sa vie et celle de sa famille ont été « transformées en calvaire, en des vies marquées par la peur et la terreur à mesure que les colons ont férocement attaqué sa terre, sa maison et son verger ».

My Cousin, de Kilani (2009) se concentre sur les espoirs d’une jeune palestinienne qui souhaite visiter la capitale de son pays, Jérusalem.

My Lucky 13, de Dara Khader, originaire de Jénine (2009) raconte ce périple clandestin, « déchirée entre l’anxiété, le danger et le défi d’atteindre la cœur de ma patrie ».

Najah Musallam, de Ramallah, rend hommage au peintre Nabil Anani dans Jerusalem in Colors (2009). Ce dernier « peut se rendre à Jérusalem en raison de son âge avancé mais refuse de visiter la ville tant qu’elle sera occupée et préfère donc l’amener à lui grâce à une peinture inspirée des souvenirs qu’il en garde ».

Traduction : Laure Magnier

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