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06/11/2011

Hala al Abdallah, réalisatrice syrienne

Syrie

Hala al Abdallah, réalisatrice syrienne

Née en 1956, elle a signé de nombreux documentaires et collaboré à la production des films parmi les plus importants en Syrie. Exilée, elle travaille en ce moment à la post-production de son nouveau film Comme si nous attrapions un cobra.

Où en est la production d’images pendant la révolution ?

Il y a longtemps que des cinéastes travaillent à dire leur pays et son histoire de façon indépendante, des films ont été produits et bloqués, censurés, je pense aux films d’Omar Amiralay, d’Oussama Mohamed… des films qui ont 30, 35 ans mais qui demeurent vivants. Avec ce passage à l’acte, la révolution, qui représente un changement radical et atteint aussi le cinéma, les gens, les cinéastes n’ont plus peur, ils ont la conscience de leur droit à conquérir et garder une place, un espace. De jeunes cinéastes se font tuer pour nous envoyer des images, d’autres élèvent la voix et se font emprisonner. Des films sont en préparation et d’autres ont été réalisés et diffusés sur internet et touchent des sujets tabou, comme Hama 82 sur la destruction de la ville et les massacres perpétrés par l’armée en 1982 à travers des images d’archives et les témoignages des familles. Et ces cinéastes sont forts car ils arrivent à effacer leurs traces sur internet…

Travaillez-vous sur cette actualité et avec quel regard, quelle distance, quelle écriture ?

Les films d’Omar Amiralay, les miens sont à la fois films politiques et documentaires de création. En Syrie, nous construisons la révolution au cinéma : je crois qu’il y aura de belles choses, des images fortes et nouvelles…Mon prochain film, Comme si nous attrapions un cobra, traite du dessin satirique qui, dans tous les journaux du monde, fait rire, pleurer, réfléchir mais provoque et dérange aussi. Il tente de s’appuyer sur cet art de la caricature, afin de dessiner le paysage actuel de la liberté d’expression au Proche- Orient, avec deux lignes narratives : la Syrie, l’Égypte, le combat historique des caricaturistes établis, la lutte des jeunes et un dialogue intime entre l’auteur du film et l’écrivain syrienne Samar Yazbek, à propos du rire, de la liberté et de la censure.

Vous avez subi la censure, qu’est-ce qui a changé de ce point de vue ?

Un film censuré est un film qui fait peur parce qu’il pousse les gens à réfléchir, à prendre position. Cette phase révolutionnaire représente un changement crucial au niveau des pensées, et des images qui ont une force nouvelle : reprises à l’infini, elles restent gravées. Et, pour l’avenir, le plus important c’est que les gens, les cinéastes, n’ont plus peur de s’exprimer.

Qu’attendez-vous aujourd’hui des institutions et des professionnels du cinéma européen?

Nous avons besoin de l’Europe et l’Europe a besoin de nous. La Syrie n’a pas d’école ni de salles de cinéma et les jeunes cinéastes ont un vrai besoin de formation, d’échanges avec les autres professionnels. J’ai dirigé moi-même, dans mon pays, des ateliers de formation clandestins. Notre force de création est infinie, et nous avons d’excellents cinéastes qui souhaitent transmettre leur savoir, faire connaître leurs films, en Syrie mais également à l’étranger. Les programmes européens, les fonds d’aide ont une vision partielle des pays arabes, comme un bloc, or chaque pays a ses singularités, tant au niveau de la création que de la production. L’Europe doit apprendre à nous écouter, à nous regarder, à être plus proche des pays de la Méditerranée.

(Antonia NAIM)

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