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21/03/2012

Documentaires syriens interdits projetés à DOX BOX au Caire

Un documentariste syrien nous parle de censure à l’occasion de DOX BOX Caire. Une histoire aux échos familiers

Evènements et festivals, Syrie

Documentaires syriens interdits projetés à DOX BOX au Caire

Lorsque réalisateur syrien Nidal al-Dibs s’est adressé au public cairote pour parler de son documentaire Black Stone lors de la journée mondiale de DOX BOX mardi dernier, le réalisateur, dont seulement deux scénarios ont été approuvés jusqu’à présent par l'Organisation Nationale du Film du gouvernement syrien, a raconté une histoire bien familière sur la censure étatique.

Al-Dibs était l'un des huit réalisateurs syriens – certains vivants et d’autres décédés – dont les documentaires ont été projetés à travers le monde entier au cours de la cinquième édition du festival du film syrien DOX BOX, le 15 mars dernier. Le festival s’est tenu en exil cette année, non seulement pour protester contre la violence du régime syrien un an après le début du soulèvement populaire, mais aussi pour pouvoir projeter des films interdits dans le pays. Au Caire, les amateurs de documentaires se sont réunis à la nouvelle cinémathèque Mosireen pour apprécier Step by Step (1978) d’Oussama Mohammed et Silence (2006) du jeune réalisateur primé Rami Farah, ainsi que le film censuré d’al-Dibs, Black Stone (2006).

Al-Dibs s’est lancé dans la réalisation de son documentaire Black Stone pour le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), qui souhaitait mettre en évidence le sort des enfants syriens dans le quartier pauvre de Black Stone, juste en-dehors de Damas, la capitale syrienne. Le documentaire devait initialement être coproduit par l'UNICEF et le ministère syrien de l'information.

Le quartier de Black Stone était à la base un petit village, a expliqué le cinéaste, mais a grandi lorsque les Syriens provenant des hauteurs du Golan occupées par Israël, mais également les Palestiniens et les travailleurs agricoles pauvres s’y sont installés. Lieu d’habitation d’une grande partie des pauvres marginalisés de Syrie, Black Stone s’est souvent transformé en lieu de protestations. Pourtant lorsque l’équipe du film est arrivée dans le quartier, en dépit du fait qu'ils ne vivaient qu’à une demi-heure de Black Stone, elle s’est vue confrontée à une réalité à laquelle elle ne s'attendait pas.

Black Stone, le premier documentaire d'Al-Dibs en 20 ans de réalisation, suit quatre jeunes garçons de ce quartier qui ramassent de la ferraille pour aider leurs familles et errent à travers Damas. Leurs récits et leurs rêves ont pour  toile de fond le manque d'éducation et de formation professionnelle, des services médicaux précaires, la violence domestique et les nuits au poste de police.

Black Stone était censé être projeté publiquement en Syrie, mais le film a été interdit quelques jours avant et le ministère de l'Information a soudainement retiré son soutien financier, a expliqué al-Dibs. Quelques jours plus tard, le bureau syrien de l’UNICEF, sans doute désireux de ne pas fâcher son pays d'accueil, s’est lui aussi retiré du projet. al-Dibs s’est soudainement retrouvé sans producteur, contraint de produire son film seul avec son partenaire.

Selon le critique de cinéma égyptien Samir Farid, qui a assisté à la projection, cette histoire n’est pas singulière en Syrie. Il nous parle ainsi du tout premier long-métrage documentaire tourné en arabe : Everyday Life in a Syrian Village (« Vie quotidienne dans un village syrien ») (voir le film ici). Réalisé en 1972, il a été écrit par Saadallah Wanos et réalisé par Omar Amiralay, un « véritable pionnier du cinéma syrien » qui n’a réalisé que des documentaires - dont notamment le film DOX BOX A Flood in Ba’ath Country (2003) - malgré la censure et l’absence de marché pour ce genre cinématographique. Everyday Life in a Syrian Village, tourné en noir et blanc, était très avant-gardiste pour l’époque. Il présentait la misère de la vie dans un village, avec en leitmotiv un agriculteur ôtant toutes les cinq minutes sa jalabiyya en désespoir. Ce film aussi, bien qu’initialement produit par le ministère syrien de la culture, a été censuré et demeure interdit en Syrie jusqu'à ce jour, nous explique Farid. « Même lorsqu’il a été montré au Cinéclub du Caire en 1974, l'ambassade syrienne au Caire a causé de gros problèmes au gouvernement égyptien », dit-il.

Depuis 1972, seuls 100 documentaires ont probablement été réalisés en Syrie, note Farid, dont environ 50 traitaient de la Palestine, et non pas de sujets spécifiquement syriens. Dans le monde arabe et jusqu'il y a  environ 10 ans, les documentaires étaient uniquement des films produits par les gouvernements, et 90% d’entre eux servaient à des fins de propagande, ajoute-t-il. L’avènement de l’ère numérique a bousculé cette donne et tout change désormais. Les réalisateurs peuvent dorénavant faire leurs films chez eux, sans se soucier de la censure. Ce qui ne change pas, c'est le marché, toujours aussi limité. « Les chaines de télévision continuent à dire qu’il faut les remercier et remercier Dieu lorsqu’ils diffusent votre film [documentaire] !  », raconte Farid. « Mais je pense que les choses vont changer ... »

Selon al-Dibs, les choses commencent déjà à bouger en Syrie. Il ya trois ans, les gens l’appelaient « le jeune réalisateur », mais une vague de nouveaux jeunes réalisateurs tels que Rami Farah, dont le film a également été projeté dans le cadre de DOX BOX, voit le jour aujourd’hui et propose des courts métrages et des documentaires.

Leur contribution à la documentation des événements actuels est d’ailleurs indispensable. Tenir une caméra, explique-t-il, est une responsabilité.

 

Alice Hackman


Everyday Life in a Syrian village, d’Omar Amiralay :


 

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