08/08/2012

Mohamed Bensalah : « Un souffle nouveau est en train de rallumer la flamme de la création »

Le cinéaste revient sans concession sur la situation passée et à venir du cinéma algérien

Algérie

Mohamed Bensalah : « Un souffle nouveau est en train de rallumer la flamme de la création »

Le cinéaste, critique, universitaire-chercheur et mordu de cinéma Mohamed Bensalah livre son point de vue sur la situation du cinéma en Algérie.

A l’occasion du 50ème anniversaire de l’indépendance, Mohamed Bensalah revient sur l’histoire du cinéma algérien, en commençant par les années 60, «où la caméra était considérée comme une arme de combat et un outil de libération» Au lendemain de la libération, d’autres œuvres inspirées des modèles occidentaux et de l’élan de la Révolution firent leur apparition. Les années 70 ont ensuite « vu apparaître une nouvelle génération de réalisateurs, désireuse de mettre son savoir-faire et ses compétences au service du combat social et politique ».

Face à ces œuvres avant-gardistes et dénonciatrices de la société, Mohamed Bensalah explique que les responsables politiques de l’époque instaurèrent une censure et que la production fut totalement neutralisée. Cette « décennie noire » des années 90 a provoqué l’exil de nombreux réalisateurs algériens et le cinéaste confesse qu’« aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est de l’autre côté de la rive que de nombreux films déclarés «algériens» ont vu le jour. » Dénonçant d’abord les injustices, misères et oppressions que subissaient les migrants en Europe, le cinéma algérien a ensuite porté des revendications ethno-identitaires. L’exil s’est enfin mué chez les réalisateurs en la promesse d’un avenir meilleur et les nouveaux cinéastes des années 2000 s’attachèrent alors à faire une critique radicale de la société.

Comment un cinéma aussi prolifique et inventif a-t-il bien pu se retrouver sur le déclin ? « Premier facteur de tétanie : la pesante inertie culturelle qui s’est abattue sur toutes les activités culturelles dès les années 70. Cela a commencé avec les principaux organismes officiels qui ont été déstructurés avant d’être réduits à néant. […] Le télé-ciné-club, qui offrait la possibilité d’alimenter les débats collectifs autour du 7e art, s’est effacé du petit écran. » [voir l’article sur la fiction absente de la télévision algérienne] L’arrêt des grands festivals internationaux comme Constantine et Oran a également été vécu comme un des symptômes du déclin cinématographique algérien. « L’arrivée des islamistes a, en fin de compte, complètement paralysé l’ensemble du secteur : distribution suspendue, production stoppée, fermeture des salles de spectacle et mise sous scellés de tout le matériel de tournage et des laboratoires. »

On semble assister aux timides soubresauts du réveil du cinéma algérien, pour preuve : la décision du ministère de la Culture de poser les premiers jalons d’une nouvelle configuration du paysage cinématographique et audiovisuel ainsi que trois décrets exécutifs. Parallèlement, plusieurs festivals ont vu le jour (FOFA d’Oran, JCA d’Alger, RCB de Béjaï). « La production de films d’expression amazigh [...] témoigne de l’évolution de la situation. » La présence féminine de plus en plus importante dans le monde du cinéma algérien est symptomatique de ces évolutions.

Au sujet du financement des films, de la distribution et de la formation, Mohamed Bensalah a un avis bien tranché et propose la tenue d’états généraux du cinéma pour répondre à tous les questionnements : « en l’absence d’investissement privé et commercial dans notre pays, l’Etat ne peut en aucune manière se dessaisir de ce moteur de la création. Pourquoi ne pas, dans un premier temps, envisager un financement public qui s’inscrirait dans le cadre d’une économie privée encadrée par les pouvoirs publics ? » Au sujet de la distribution, acte majeur du financement du cinéma et maillon déterminant : «Pourquoi ne pas envisager, parallèlement à la restauration ses salles, la construction de nouveaux complexes cinématographiques en encourageant les investisseurs et les distributeurs par une défiscalisation sur les bénéfices et une révision des tarifs douaniers sur l’importation de copies ? » Enfin, le cinéaste regrette le peu d’offre de formation qui existe en Algérie, avec une seule école de cinéma à Alger.

Néanmoins, avec une jeunesse qui retrouve peu à peu cet esprit créatif, les choses devraient évoluer dans le secteur du cinéma, si l’Etat offre les conditions adéquates à cette évolution.

Source : El Moudjahid

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